Bruno Etienne, qui est mort chez lui à Aix-en-Provence, "demeurera pour le monde universitaire un pionnier de la recherche pluridisciplinaire sur le phénomène religieux et plus particulièrement sur la dimension politique dans l'espace euro-méditerranéen". C'est en ces termes que l'Institut d'Etude Politique (IEP) d'Aix-en-Provence
lui a rendu hommage.
Un parcours fulgurant
Il suit ses études d'abord au Lycée Thiers de Marseille puis à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence. Il intègre ensuite l'Institut Bourguiba des langues à Tunis (Tunisie), où il apprend l'arabe, et enfin l'Institut d'Études Politiques (IEP) d'Aix-en-Provence.
Bruno Etienne entame sa carrière de Chercheur en 1962 au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). En 1965, après avoir soutenu une thèse de doctorat en droit sur Les Européens et l'indépendance de l'Algérie, il part pour l'Algérie où il travaille comme Coopérant Technique et enseigne à l'Ecole Nationale d'Administration (ENA) d'Alger. Il regagne la France en 1974 pour passer son agrégation en sciences politiques puis passe deux années, de 1977 à 1979, au Maroc, où il est nommé Maître de conférences à l'université de Casablanca. En 1980, il devient Directeur du Centre de Recherche et d'Étude des Sociétés Musulmanes (CRESM), un laboratoire du CNRS, et professeur à l'IEP d'Aix-en-Provence où il se spécialisera dans l'étude du religieux dans l'espace euro-méditerranéen, et notamment de l'Islam dans sa dimension politique. En 1985, il fonde et prend la direction de l'Observatoire du religieux, associé à l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence, avec pour objectif de fédérer les recherches autour du religieux en sciences politiques, en sociologie et en anthropologie.
Membre de l'Institut Universitaire de France (1996-2004), cofondateur en 1999 de la revue politico-littéraire La Pensée de midi, professeur visiteur dans de nombreuses universités notamment de Princenton (Etats-Unis), Tokyo et Kyoto (Japon) et du Caire (Egypte), régulièrement consulté par le gouvernement français sur les questions de l'Islam et de l'Islamisme, Bruno Etienne est considéré comme un pionnier de la recherche pluridisciplinaire sur le phénomène religieux. Selon Raphaël Liogier, qui lui a succèdé à la tête de l'Observatoire du religieux, il est "un des premiers à avoir envisagé d'étudier le religieux en science politique comme tel et à avoir compris que l'islamisme radical était un produit de l'Occident, un mouvement moderne et pas le cheminement normal de la tradition islamique".