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Décès de Bruno Etienne


Rédigé le Vendredi 6 Mars 2009 à 12:28 | Lu 3341 fois |


Le professeur Bruno Etienne, pionnier de la recherche sur le phénomène religieux, est décédé mercredi 4 mars à l'âge de 71 ans "au terme d'un combat courageux contre la maladie".



Décès de Bruno Etienne
Bruno Etienne, qui est mort chez lui à Aix-en-Provence, "demeurera pour le monde universitaire un pionnier de la recherche pluridisciplinaire sur le phénomène religieux et plus particulièrement sur la dimension politique dans l'espace euro-méditerranéen". C'est en ces termes que l'Institut d'Etude Politique (IEP) d'Aix-en-Provence
lui a rendu hommage.




Un parcours fulgurant

Il suit ses études d'abord au Lycée Thiers de Marseille puis à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence. Il intègre ensuite l'Institut Bourguiba des langues à Tunis (Tunisie), où il apprend l'arabe, et enfin l'Institut d'Études Politiques (IEP) d'Aix-en-Provence.

Bruno Etienne entame sa carrière de Chercheur en 1962 au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). En 1965, après avoir soutenu une thèse de doctorat en droit sur Les Européens et l'indépendance de l'Algérie, il part pour l'Algérie où il travaille comme Coopérant Technique et enseigne à l'Ecole Nationale d'Administration (ENA) d'Alger. Il regagne la France en 1974 pour passer son agrégation en sciences politiques puis passe deux années, de 1977 à 1979, au Maroc, où il est nommé Maître de conférences à l'université de Casablanca. En 1980, il devient Directeur du Centre de Recherche et d'Étude des Sociétés Musulmanes (CRESM), un laboratoire du CNRS, et professeur à l'IEP d'Aix-en-Provence où il se spécialisera dans l'étude du religieux dans l'espace euro-méditerranéen, et notamment de l'Islam dans sa dimension politique. En 1985, il fonde et prend la direction de l'Observatoire du religieux, associé à l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence, avec pour objectif de fédérer les recherches autour du religieux en sciences politiques, en sociologie et en anthropologie.


Membre de l'Institut Universitaire de France (1996-2004), cofondateur en 1999 de la revue politico-littéraire La Pensée de midi, professeur visiteur dans de nombreuses universités notamment de Princenton (Etats-Unis), Tokyo et Kyoto (Japon) et du Caire (Egypte), régulièrement consulté par le gouvernement français sur les questions de l'Islam et de l'Islamisme, Bruno Etienne est considéré comme un pionnier de la recherche pluridisciplinaire sur le phénomène religieux. Selon Raphaël Liogier, qui lui a succèdé à la tête de l'Observatoire du religieux, il est "un des premiers à avoir envisagé d'étudier le religieux en science politique comme tel et à avoir compris que l'islamisme radical était un produit de l'Occident, un mouvement moderne et pas le cheminement normal de la tradition islamique".

Un auteur prolifique et engagé

Outre ses contributions à de nombreuses revues nationales et internationales (dont La République des Lettres) Bruno Etienne est l'auteur de quelque 25 livres. Citons entre autres parmi les plus importants: Algérie, cultures et révolution (1976), L'islamisme radical (1987), La France et l'Islam (1989), Ils ont rasé la Mésopotamie (1991), Abd-el-Kader (1994), Etre bouddhiste en France aujourd'hui (avec Raphaël Liogier, 1997), La Science politique est-elle une science ? (1998), Le temps du pluriel (1999), La France face aux sectes (2000), Une voie pour l'Occident (2001), Islam, les questions qui fâchent (2003), Les Combattants suicidaires (2005), Heureux comme Dieu en France ? La République face aux religions (2005), Pour retrouver la parole: Le retour des frères (avec Alain Bauer, Roger Dachez et Michel Maffesoli, 2006) et La spiritualité maçonnique (2007). Un troisième volume de ses Anthropo-illogiques doit paraître prochainement aux éditions Odile Jacob

Réputé pour son franc-parler, il n'eut de cesse de dénoncer les amalgames, le conformisme des politiciens ou les stéréotypes véhiculés par les médias. Il s'engagea également sur des sujets délicats tels que la Palestine et l'Irak et fut remarqué pour la lucidité de ses position à l'égard des faux démocrates dans la cruelle guerre civile algérienne des années 90. Nous terminerons cette trop courte présentation par ces quelques mots de son ami de toujours, Benjamin Stora :

Je garde près de moi son grand livre, sa biographie de l’Emir Abdelkader, modèle d’intelligence et d’érudition. Il me manque, il nous manque déjà dans ce paysage intellectuel désolant de conformisme. Benjamin [1]







1.Posté par DAUT le 07/06/2011 15:30
La France, mais aussi le monde musulman, a perdu une grande figure qui s'est toujours battue pour faire connaitre la dimension profondément humaniste de l'islam.

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