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Entretiens avec un membre de la confrérie soufie Qâddiriyya Boutshîshiyya (1ere partie)


Rédigé le Lundi 13 Décembre 2004 à 22:33 | Lu 3586 fois |


T B se définit d'abord et avant tout comme " le pauvre en Dieu, le serviteur des invocateurs, et un disciple de la Tariqa Qâdiriyya Al-Boutshîchiyya."
Ingénieur consultant en informatique appliqué à la Finance, après un parcours classique de classes préparatoires, d'une école d'ingénieurs, il a fait un Mastère à l'école des ponts et chaussées.
Il participe activement a plusieurs associations: valeurs et spiritualité musulmane de France (www.vsmf.net), trait d'union, association des cadres franco-marocains...
Mr B a commencé en parallèle avec son travail la préparation d'une thèse sur un soufi marocain du 18éme siècle....
Ayant appris le Coran dans sa jeunesse et il s'est ensuite formé sur la Shari’a et les doctrines: notamment l'école malikite. Il participe au conseil français du culte musulman: commission des Imams et commission jurisprudence dans le cadre d'une réforme du système d'encadrement des Imam et des associations du culte musulman: pour mieux représenter l'Islam en France et pour lutter contre le radicalisme, le fanatisme et "l'idéologisation" de la religion de Dieu...



ELKalam.com : Comment avez vous connu la Tariqa Qâddiriyya Boutshîshiyya ?

C'est émouvant d'aborder les débuts de cette grande histoire d'amour qui continue et qui ne finira jamais par la grâce de Dieu....
Je suis né à Rabat (Maroc) dans une famille d'enseignants (un milieu intellectuel) qui n'était pas pratiquante et qui voulait à tout pris faire de moi un passe partout et une copie d'un occidental...
Je ressentais toujours dans mon coeur (dans mon fort intérieur) le besoin et la soif d'aller vers Dieu, de comprendre le but de notre vie sur terre....J’étais toujours depuis l'âge de 9 ans torturé par des questions que je me posais sur Dieu, sur les mondes en dehors de notre monde, sur le Paradis, l'Enfer, la relation de l'être humain avec son Seigneur.... J'ai eu une adolescence très religieuse: j'ai beaucoup fréquenté les mosquées et j'ai essayé de comprendre pourquoi les musulmans s'éloignent de leur religion, pourquoi un religieux est considéré comme un homme de la préhistoire!! Pourquoi dans l'esprit des gens religion et modernité ne riment pas....
Dans mon lycée j'ai essayé de "militer" pour changer les mentalités: des élèves et des enseignants. J'ai essayé de faire comprendre à tout le monde que l'Islam est une religion d'équilibre qui est tout à fait adaptée à cette époque et que le monde musulman doit guérir très rapidement de son complexe d'infériorité vis à vis de l'occident....Mon idée était que le monde musulman a une belle culture qui n’a rien à envier aux autres cultures…
J'ai essayé de donner l'exemple par moi même en s'efforçant d'être toujours le premier de ma classe. Mes parents en étaient toujours très fiers mais cela n'a pas suffis pour changer les mentalités....
J'ai ensuite essayé d'organiser mon militantisme en me joignant à plusieurs mouvements islamiques à la fois!!!..... A 18 ans, j'ai analysé les méthodes utilisées par ces groupes et j'ai conclu que chacun travaillait pour une idéologie et pour un pouvoir et que la spiritualité était absente ou superficielle dans leur démarche...Dieu et la religion étaient simplement des prétextes pour séduire des jeunes nouveaux recrus...Ces mouvements dans leur majorité profitaient d’une situation sociale dégradée : (chômage, misère,corruption…) pour nourrir la haine dans les cœurs des jeunes et les pousser à avoir des idées noires sur ce monde….
Après le bac j’ai décidé de chercher une compagnie spirituelle, un guide pour éclairer mon cœur et guérir ses maladies…Ce désir était animé par ma rupture avec toutes ces idéologies autour de moi qui provoquent le dégoût et dénaturent la religion…Il était surtout animé par l’éducation parentale : car ma mère qui est professeur d’histoire me racontait toujours avec beaucoup de vénération les histoires de mes ancêtres soufis et des voies spirituelles qui ont conquis les cœurs par la sagesse et l’amour…
A aucun moment je n’avais imaginé que des maîtres spirituels vivants pouvaient exister de nos jours…J’ai commencé à prier Dieu avec ardeur et à faire toutes sortes d’invocations pour pouvoir rencontrer un guide…. En passant par la « Salât al-hâja », les milliers de prières sur le Prophète par jour, et les innombrables prières nocturnes….Je pleurais au fond de la nuit, et je souffrais chaque jour car je me rendais compte que ma vie a besoin d’avoir un sens et que seul, je ne pourrais pas dompter l’âme et arriver à Dieu avec un cœur sain.
Mes parents étaient de plus en plus inquiets d’autant plus que j’avais décidé de voyager à la recherche du maître….
J’ai commencé à lire des livres qui parlaient de l’amour du Prophète et des invocateurs car j’étais persuadé que cela augmentait la foi…
Un jour je vis Le prophète dans le rêve : Il y avait des flèches de partout et il me récitait le verset 46 de la Sourate 6 : « Ainsi fut exterminé le dernier reste de ces injustes. Et louange à Allah, Seigneur de l'Univers! » C’était un signe que mon âme allait être bientôt anéantit et détruite….
Je me suis réveillé avec un sentiment de bonheur intense : comme si je venais d’avaler du miel…
Les lectures de la Burda d’Albousirî m’ont beaucoup aidé pour essayer de comprendre ce que peut ressentir les amoureux du Prophète…Et la première fois où j’ai ressenti quelque chose dans ce sens était lorsque j’entendis un mendiant chanter dans un bus en évoquant la beauté du Prophète….
Je commençais alors à m’intéresser au chant spirituel et à essayer de comprendre son sens profond et subtil…
Je vis une deuxième fois le Prophète dans le rêve me chanter la Burda dans un champ de blé…

Peu de temps après, lors d’une visite à un ami pour l’aider dans la révision de ses cours, il me parla d’une rencontre avec un maître vivant et un médecin des cœurs….Cet ami souffrait d’une maladie grave et il était dans une souffrance psychologique épouvantable : les médecins ont conclu que son état était rare et incurable… Sa maladie l’empêchait de se concentrer et son visage était constamment très pâle… Quant je vis mon ami chez lui lors de cette dernière visite, il me parut beau, illuminé, complément guéri et apaisé !!
Il n’a pas voulu me donner plus de précisions sur sa transformation et il est resté discret sur ses contacts…
Ma curiosité et ma soif étaient sans fin, j’ai décidé de contacter un autre ami qui était plus intime avec le premier pour avoir de plus amples détails sur le mystère de cette transformation et sur ce maître « vivant » qui possède le regard guérisseur…
Je me suis montré très généreux envers lui et j’ai demandé à ma mère de lui préparer un festin digne de ce qu’il allait m’apporter comme informations précieuses….
Cette personne me donna alors une adresse : l’adresse de la Zawiya de Rabat….
A ce moment j’ai senti pour la première fois que je renaissais et que ma vie aura enfin un sens….
Le soir même je vis un autre rêve : cette fois j’était l’invité d’honneur d’une assemblée de saints, dans une réunion d’invocation…A la fin le Sultan des Ulama Al’Izz Ibn ‘Abdessalâm me pris vers lui et me dit : « je t’ai donné l’autorisation de communiquer la voie de Dieu », je sursautai tout de suite et je répliquai : « ce n’est pas à vous de me la donner mais c’est à mon maître Sidi Hamza que revient cela »…
Je vis enfin des rêves qui se sont réalisés bien plus tard…
Je décidai d’aller vers la Zawiya : c’était un jeudi soir, j’étais seul, mon cœur battait très fort et je me disais : « toi le pécheur qu’est ce que tu va faire chez les saints lumineux, c’est peu être un manque de respect à l’égard de Dieu»….
Une fois devant la porte j’entendis le Dhikr et je n’osais pas rentrer par respect et vénération et je restais à la porte pendant un moment puis je revins chez moi…
Le jeudi suivant je ressentais en moi la même peur, la même vénération et je n’osais pas franchir la porte, mais un vieil homme me tins gentiment la main et avec un beau sourire il me fit entrer...
Là, entre les invocateurs, je ne voyais que lumières sur lumières, chaque disciple me paraissait venir d’un autre monde…
Peu de temps après, je pris le pacte de la main du Muqaddam et depuis, et pendant deux années je ne voyais que les lumières et je ne ressentais que du bonheur…
L’année suivante je visitai le maître pour la première fois, le contact était très puissant et pour la première fois je ressentis l’état spirituel, un goût indescr1ptible … De retour à Rabat les états spirituels que je ressentais devenaient de plus en plus beaux et me procuraient une joie de vivre et un bonheur intérieur… Je comparai mon état avant la voie et j’évoquai le verset : « Et celui qui s’éloigne de Mon invocation, sa vie sera pleine d’amertume… »…
Mes parents ont bien vu le changement opéré par la voie dans ma vie, et ils en étaient ravis…Peu de temps après toute ma famille et mes amis proches ont rejoint la voie….
A chaque fois que j’assistais à une réunion spirituelle je revenais avec beaucoup d’énergie. Mes devoirs et mes exercices les plus tordus pendant ces années de prépa trouvaient facilement les solutions…Je sentais que le Dhikr me donnait plus d’intelligence, plus d’éveil et plus d’équilibre.
J’étais parmi les premiers de ma promo et j’avais réussi facilement le concours des grandes écoles…
Lors de mes visites pour mon maître, je lui demandai conseil pour mon orientation dans mes études…Il me proposa une école connue pour la discipline et la bonne formation…
Ce conseil était pour moi une autorisation lumineuse, et d’ailleurs j’ai été guidé par une main invisible pendant toute la durée de ces études…Il m’est arrivé même de voir mon maître dans le rêve me dictant l’énoncé d’un examen et son corrigé !!!!
J’étais toujours assisté et guidé…
L’amour qui nous liait et la douceur que dégageait chacun faisaient que le temps passé parmi les Fuqaras était un temps infini, des moments de plaisirs intenses….
On se séparait toujours avec les larmes aux yeux…
J’ai appris aussi grâce à la visite du maître que l’essentiel dans la voie de Dieu était la sincérité et la droiture…Mon maître ne parlait que rarement et que si nécessaire!!! Il ne nous a jamais raconté des miracles ou des choses qu’on ne comprend pas…Il se mettait toujours à notre niveau. Et ce qui m’impressionnait le plus c’était son humilité et sa grande douceur…Quand j’étais assis à ses côtés le temps s’arrêtait et je sentais que j’effectuais un voyage ascensionnel vers la présence seigneuriale….

ElKalam.com : Qu’apporte la fréquentation de cette Tariqa à votre foi, votre pratique et votre vie quotidienne ?

Grâce à la voie vivante mon cœur est devenu vivant, je suis plus présent dans ma pratique (prière, jeûne…). Avant d’être dans la voie, la prière était pour moi une charge, maintenant c’est des moments de plaisir et d’apaisement du cœur, je ressens la présence et le contrôle divin…
Quant à ma foi, elle augmente sans cesse grâce aux réunions spirituelles.
La chose la plus intéressante et la plus précieuse que m’a donnée cette éducation spirituelle est sans doute : cette nouvelle vision des choses, cet amour inconditionné pour tous les êtres, il n’y a plus de place pour la haine ou la rancune dans mon cœur, je n’ai plus d’ennemie, mes deux seuls ennemis aujourd’hui sont : l’âme et Satan…
La voie m’a donné aussi -comme à beaucoup d’autres- l’équilibre : je vis ma modernité tout en respectant la loi de Dieu, tout en étant avec Dieu dans toutes les situations de la vie…
Mon comportement et ma relation avec les autres ont changé, je suis devenu sociable et communicatif….Grâce à l’invocation ma personnalité s’est fortifiée et ma confiance en Dieu est sans faille.
Je sais que suis entre de bonnes mains et je ressens en permanence, un bonheur intérieur mêlé d’une nostalgie vers Sa présence...Je ressens une énergie qui se renouvelle après chaque rencontre avec les frères … Je suis optimiste et je réussis mes projets grâce à cette énergie inépuisable qui me vient de Lui.
L’impact de la spiritualité sur ma vie professionnelle est très positif, je travaille en ressentant le contrôle divin et je cherche l’excellence…Personne n’a mis en cause jusque là ma religion ou ma pratique, bien au contraire les gens essayent de m’approcher et devenir mes amis : mes collègues au bureau et mes amis me respectent et m’aiment et je les aiment comme ils sont sans les juger…

ElKalam.com : Comment expliquez vous que le soufisme est aussi peu connu par les musulmans et les non musulmans ? Ne pensez vous pas que cela est lié à un mode de fonctionnement et de pensée paraissant un peu mystérieux au commun des musulmans ?

Depuis ses débuts au temps du Prophète avec :(les gens du banc) « ahlu assuffa », le soufisme était toujours peu connu ou mal connu par les autres, car tout simplement c’est une expérience intime que le langage usuel ne peut traduire.
C’est pour cela qu’Abû Hurayra disait : « j’ai hérité du Prophète deux sciences : quant à la première (le Hadîth), je l’ai diffusé parmi vous, quant à la deuxième si je la divulgue, vous me couperez la gorge… »
Le soufisme à travers l’histoire était une voie de l’élite, ceux qui aspirent à Sa Face et espèrent Sa rencontre…Ceux qui ont compris que l’esprit a besoin comme le corps d’être nourri et entretenu…
Le soufisme a eu son époque d’or au 16éme siècle, mais après, il y a eu des imposteurs et des charlatans qui étaient loin du vrai soufisme et qui ont nuit et continuent à nuire aux vrais soufis ….
Il y a eu aussi le soufisme des vérités et des miracles qui ne parlaient pas le langage de tout le monde et qui a perturbé les juristes et savants de part leur rationalisme et leur interprétation au premier niveau des paroles des soufis.
Le soufisme n’est pas du tout un mode de pensée, c’est au contraire une illumination du cœur qui illumine ensuite la pensée et qui rend l’être humain détaché de tout ce qui n’est pas Dieu c’est la réalité même de l’Unicité…Le cœur n’est plus soumis aux passions, aux désirs et au matériel mais il est attaché au Seigneur des mondes et ne voit que les manifestations de Sa beauté et Ses faveurs partout où le regard se pose…
Ne peut comprendre cela que celui qui le vit, on ne pourra jamais expliquer le goût du miel à celui qui ne le connaît pas et qui ne l’a jamais goûté…
Le soufisme est le cœur de l’Islam, il est basé sur le Coran et la Sunna. Il consiste à purifier le cœur par l’invocation individuelle et collective en compagnie des véridiques ce qui aide à se conformer progressivement mais sûrement à la loi et aux prescr1ptions divines. Son fruit est le bon comportement « makârimu al-akhlâq ». Il s’inspire directement du modèle et de l’esprit de l’éducation mohammadienne.
Il faut savoir aussi que les soufis concentrent leurs efforts sur le cœur car il est le roi des sens : selon la parole authentique du Prophète (paix et salut sur lui) : « Il y a dans le corps un morceau de chaire s’il est sain rend tout le corps sain et s’il est corrompu tout le corps devient corrompu : il s’agit du cœur »…
Et nul ne peut parvenir à Dieu et accéder à Sa présence en ayant un cœur corrompu, car Dieu dit dans le Coran : « Sauf celui qui parvient à Dieu avec un cœur sain »…

Je pense enfin que c’est l’Islam,sa beauté et ses principes qui sont méconnus par les gens et par les musulmans eux même…Les gens interprètent à tord et à travers les versets de Dieu, et rare sont ceux qui ont analysé sérieusement la vie du Prophète, ses comportements avec les gens du livre et avec les païens …Sa bonté, sa miséricorde, sa clémence, son pardon, son amour pour l’humanité, la réalité de son Djihâd et les buts de sa mission…Contemplons ensemble à travers ce petit passage, la Futuwwa (la grandeur d’âme) du Prophète paix et salut sur lui : « "Ô Muhammad, je t'ai apporté l'excellence du comportement […] elle consiste en ce que tu pardonnes à celui qui a été injuste envers toi; que tu donnes à celui qui te refuse son don; que tu rendes visite à celui qui s'est détourné; que tu t'écartes de celui qui fait preuve d'incompréhension à ton égard; et que tu pratiques le bien envers celui qui agit envers toi par le mal". (Hadîth qudsî)

Et le fameux Hadîth du Prophète est là pour en témoigner : "J'ai été envoyé pour parfaire la noblesse du comportement"

Il faut bien distinguer alors une idéologie qui se sert d’une religion pour des fins terrestres ; et une religion de Dieu qui comprend un côté ésotérique (intérieur) et un côté exotérique (extérieure) qui se complètent pour le bonheur et la paix de l’être humain.




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