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Entretiens avec un membre de la confrérie soufie Qâddiriyya Boutshîshiyya (2e partie)


Rédigé le Lundi 13 Décembre 2004 à 22:35 | Lu 4973 fois |


suite de notre entretien



C’est la raison pour laquelle il y a de plus en plus d’occidentaux qui embrassent l’Islam par la voie du soufisme…Le maître grâce à sa pédagogie spirituelle (ce que les soufis appellent : le secret « assirr ») nous sort de l’état d’insouciance où nous nous trouvons pour nous amèner petit à petit sans même que l'on s'en aperçoive, vers la conscience et l’éveil spirituel, de l’éveil nous sommes amenés vers la présence avec Dieu dans toutes les situations, et de la présence à l’absence de tout ce qui n’est pas Dieu… : "un mort parmi les vivants et un vivant parmi les morts ": tout comme le Prophète avait décrit Aboubakr Assiddîq….Je m’explique : rester soi-même mais avec une éducation spirituelle qui fait son effet : nous sommes ainsi ainsi orienté toujours et en permanence vers les bonnes et sages décisions.
Les soufis sont les plus intégrés dans la société moderne car ils ressemblent en apparence à tout le monde, ils parlent le langage de tout le monde, ils sont lumineux, doux et attentionné mais vigilants et sages. Le soufis comme nous dit toujours notre maître Sidi Hamza est « le fils de son temps ».
Le soufi aime et respecte tout le monde et ne peut juger aucune des créatures : car les soufis se basent sur le verset coranique « et Je lui ai insufflé de Mon esprit » pour considérer que dans chaque être humain il y a l’esprit de Dieu : donc il faut vénérer et respecter tous les êtres…
Autre point important, tout se passe pour le soufi à l’intérieur du cœur …Et cela jaillit sur son comportement…Bien sûr, le soufi observe scrupuleusement toutes les prescr1ptions divines sans que cela bloque sa vie professionnelle ou mette en péril son intégration dans la société.
Je me rappelle toujours d’une parole de notre maître : « dans cette voie, tu entres comme tu es et tu seras transformé comme Il veut » : Je fais toujours l’analogie entre cette parole, et l’éducation du Prophète : il est resté (paix et salut sur lui) 13 ans à enseigner les compagnons l’amour et la foi par le biais de l’invocation par la formule « lâ ilâ ha illa Allah » ce n’est qu’après cela que les prescr1ptions divines ont été révélées : c’est pour cela que ces compagnons trouvaient toujours du plaisir à obéir et étaient soudés et unis…
L’essentiel de la mission du Prophète était d’unir les cœurs, de faire régner l’amour, et de construire une société basée sur les valeurs humaines les plus nobles.
D’ailleurs le Prophète n’a pas cassé de ses mains les 360 idoles autour de Kaaba, mais il a détruit plutôt les idoles des cœurs et a libéré les compagnons de tout ce qui n’est pas Dieu. Leurs cœurs se sont ainsi orientés vers Dieu et ils se sont détachés de ce bas monde : ce qui était sans doute la source de leur force et le moteur de leurs exploits.

El Kalam : Quelles sont les bases et les principes de l'éducation soufie?

Le soufisme c’est le grand Djihâd : le combat contre l’âme charnelle et ses penchants…Pour purifier le cœur de ses vices cachés, il faut nécessairement invoquer Dieu abondamment, en étant assisté par un maître vivant. La compagnie d’un maître dans l’éducation spirituelle est obligatoire. Sans elle, le disciple ne pourra pas avancer et sera toujours prisonnier de son ego, et voilé par l’ostentation et les maladies cachées du cœur…Les soufis se basent entre autre sur le verset coranique : « Le Miséricordieux, interrogez à son propos un expert » pour insister sur la nécessité du maître connaisseur qui a déjà parfait son éducation, pour tenir la main du disciple dans le chemin vers Dieu…
L’éducation soufie est avant tout basée sur la conformité à la loi de Dieu (Sharî’a), sans cette conformité on ne peut prétendre à un cheminement vers la réalité divine (al haqîqa)…
L’invocation abondante de Dieu permet la purification du cœur et l’éveil de la conscience spirituelle : C’est le chemin vers Son amour.
On distingue dans la voie soufie : les invocations personnelles (individuelles) (awrâd) et les invocations collectives en groupe…Ces derniers permettent d’accroître l’amour entre les frères et de cheminer plus rapidement.
Le service (servir et être utile à autrui) est un plier de cette voie.
La voie est basée en plus sur les visites mutuelles, la solidarité, l’entraide, et sur la générosité.
Le fruit de cette éducation est l’amour (de Dieu, de Son Prophète, de Ses messagers et de toutes les créatures), le bon comportement et la droiture.
Sidi Hamza nous rappelle toujours que la droiture est meilleure que milles miracles.

EL Kalam : Qu'est ce que le Djhâd pour vous soufis?

Reformer le cœur et dompter l’âme pour qu’elle soit apaisée et qu’elle obéisse à Son seigneur. Elle retrouvera par là le goût de ce pacte initiatique que l’esprit avait engagé avec Dieu bien avant la création…
L’être humain se trouve ainsi grâce à ce Djihâd intérieur en paix et en harmonie avec son seigneur, avec le monde et avec lui-même.

El Kalam : Et la femme dans soufisme?

La femme a sa grande place dans le soufisme, l’Islam est une religion pour l’être humain sans distinction de sexe…L’histoire du soufisme est riche d’exemples de saintes musulmanes qui ont marqué le monde par leur piété, leur dévouement à Dieu et les valeurs nobles qu’elles ont communiqué : je site là : Râbi’a Al ‘adawiyya de Basora…
Les femmes dans la Tariqa Qâdiriyya Boutshîshiyya ont leur réunion spirituelle et cheminent comme les hommes vers le même but : Sa face généreuse.

EL Kalam : Quels apports et quelles réformes aspirez vous apporter à la société "musulmane" et occidentale
?

La paix, l’amour, le bonheur intérieur et extérieur, l’équilibre entre le corps et l’esprit dans un monde de consommation où les valeurs sont bafouées et le matérialisme fait rage.
Dieu a appelé dans le Coran les êtres humains à s’entre connaître et à échanger pour vivre mieux : si le cœur est sain, sa communication avec le seigneur et par là avec les êtres ne pourra qu’être saine et fructueuse.

El Kalam : Le soufisme est il exempt de dérives ?


Tant qu'il y a un maître vivant qui guide et corrige le comportement du disciple, il ne peut y avoir de dérives. Sachez ensuite, que toute chose en Islam est basée sur l'intention et justement la dote de l'éducation spirituelle est la sincérité...Celui qui est dans une voie spirituelle à la recherche d'un pouvoir, d'un miracle ou d'un quelconque but terrestre: il sera privé du profit de cette éducation et il pourra même dériver et dévier...Sauf bien sûr, si la grâce de Dieu intervient en sa faveur et oriente son intention vers Dieu...
Le prophète (paix et salut sur lui) nous dit que celui qui émigre dans l'intention d'épouser une femme ou d'avoir un bien de ce bas monde son intention sera comptée pour ce pourquoi il a émigré, quant à celui qui émigre pour Allah et Son envoyé son émigration sera comptée pour Allah et Son envoyé...
Il faut savoir aussi qu'il existe du soufisme du Tabarruk où il n’y a pas de maître spirituel vivant. Les disciples récitent des invocations générales (issues du patrimoine soufi et du répertoire du Hadith) pour "la bénédiction" (al-hasanât), ils sont livrés à eux même et il n’y a pas de notion de progression spirituelle, d'encadrement spirituel personnalisé et adapté à chaque disciple...Ceci est bien, mais n'est pas suffisant pour celui qui aspire à la station de l'excellence et à l'Amour de Dieu: Il peut y avoir des obstacles qui ne pourront être franchis et des maladies du coeur qui resteront sans remède...
Il y a aussi le soufisme folklorique qui est loin de la spiritualité et que je considère plutôt comme une forme d'art… A l'origine bien sûr, ces deux genres de soufisme étaient peut être des voies vivantes avec un maître et une éducation en bonne et due forme, mais après la mort du maître, il n’y a pas eu d'héritier spirituel de son secret. Sans un maître vivant accompli, l'avenir de la voie et son authenticité peuvent être mis en danger...Car le renouveau et l'esprit même de la voie spirituelle éducative c'est le maître réalisé...
Il faut savoir aussi que le disciple d'une voie vivante est un aspirant à la réalisation spirituelle, il est comparé à un malade (et nous le sommes tous) qui suit un traitement d'un médecin spécialiste: il n'est pas parfait et il n'a pas l'immunité (al-'isma): il se peut qu'il commette des erreurs et qu'il se repente...En plus, s'il ne suit pas le traitement du médecin, il ne pourra guérir de ses maladies (du coeur) et atteindre le but qui est Sa Face: suivre les traitements du médecin suppose la vénération de ce médecin, l'obéissance et l'humilité...On ne peut prétendre à l'Amour de Dieu si on n'obéit pas au Prophète et on ne le suit pas...L'amour du maître qui est l'héritier du secret du Prophète amène le disciple vers l'amour du Prophète et par là vers l’Amour de Dieu et de toutes Ses créatures. Ainsi, le fruit de l’amour et de l’obéissance du maître est la conformité aux prescr1ptions de Dieu.

La particularité du soufisme authentique réside dans le fait que c'est une voie du coeur: les respectueux savants prêchent sans pour autant réussir à changer et réformer l'homme. Le soufi lui, quant il parle : il parle de Dieu par Dieu et sa parole qui sort de son coeur illuminé par l'invocation, agit directement et réforme les coeurs: c'est la communication de coeur à coeur ...C'est la grande spécialité du maître spirituel....

Je termine en citant ses deux hadiths : le Prophète paix et salut sur lui dit : « Aimez Dieu pour Ses faveurs, aimez moi pour Son amour, et aimer ma descendance pour (parvenir à) mon amour »
Un homme interrogea le Prophète un jour : quelle est la meilleure personne auprès de laquelle on s’assoit ? Le Prophète paix et salut sur lui répondit : « Celui dont la vue vous rappelle Dieu, dont la parole augmente votre science et dont les actes vous rappellent l’au-delà »
Que Dieu nous donne la bonne compréhension, le bon jugement, l’amour et le bonheur dans les deux vies




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