Envoyer à un ami
Partager

L'Islam et le code tribal en Afghanistan : l'exemple des pashtouns


Rédigé le Jeudi 2 Octobre 2008 à 22:43 | Lu 6419 fois |


Un tiers de la population afghane vit dans un systéme tribal. L'Afghanistan est composée de multiples ethnies dont les codes tribaux se superposent voire s'opposent au code régissant théoriquement l'ensemble de la société afghane à savoir la Chari'a.



Les Pashtouns : ethnie principale d'Afghanistan.

L'ethnie pashtoune est la principale composante de ce brassage ethnique que constitue l'Afghanistan. Depuis le 18e siecle jusqu'à trés récemment, ils sont demeurés les maitres du pays et se sont réservés le plus hautes charges de l'état. D'ailleurs le terme "Afghan" leur a été réservé pendant longtemps et résonnait dans les oreilles des autres populations comme "Pashtoun". Ils ont marqué l'histoire contemporaine de l'Afghanistan : le pouvoir communiste était exclusivement composé de Pashtouns tout comme les Talibans étaient également, en grande majorité, composés par cette ethnie.

C'est avec ces derniers que bon nombre de coutumes issues du code tribal pashtoun furent largement médiatisés et attribuées injustement à la loi islamique

L'opposition de la coutume avec la Chari'a

Le tribalisme chez les Pashtouns se définit d'abord et avant tout par le respect d'un code : Le pashtounwali, ensemble de régles tribales qui prévalent sur toute autre forme de loi, ensemble de valeurs qui définit un modéle de comportement à la fois sociale et ethique.

Ainsi, si l'on compare les institutions et les coutumes tribales avec la norme islamique, on peut relever de nombreuses contradictions. L'exemple récent des Talibans a montré que nos médias n'ont pas su ou pas voulu expliqué aux téléspectateurs cet état de fait, qui pourtant est crucial pour comprendre le fonctionnement de la société afghane.

Prenons quelques exemples :

*
L'adultère (zina) : selon la Chariat, il faut au moins 4 témoins de consommation de l'acte. Selon le pashtounwali, la rumeur (peghor) suffit. Pour le code tribal, c'est l'honneur qui est en jeu et non le respect de la morale
*
L'héritage : dans les tribus pashtouns, la femme n'hérite tout simplement pas, alors que selon le Coran, la femme reçoit la moitié de la part des hommes.
*
La dot et le divorce : signe extérieur de prestige, la dot atteind des sommets financiers chez les pashtouns, ce que prohibe la Chariat. Quant au divorce, il est impossible car il constituerait un affront pour la famille de la femme
*
La vengeance (qesas Badal), prohibée dans la loi islamique, est une valeur fondamentale dans les tribus, car, encore une fois c'est honneur qui est en jeu et non la morale.
*
La burqa, vêtement recouvrant les femmes entièrement est également une coutume n'appartenant à l'origine qu'à cette ethnie. A contrario de ce qu'ont pu nous dire les reporters et journalistes, la Burqa ne date pas de l'arrivée des Talibans à Kaboul, mais a toujours existé dans la communauté pashtoune.

Chariat et Pashtounwali sont donc deux systémes positifs et opposés , faisant référence à deux images distinctes de la société. Avec le pashounwali, le pashtoun se définit contre ce qui n'est pas Pashtoun, alors qu'au contraire, la sharia, à vocation plus universaliste, s'efforce de dissoudre les particularismes dans la Oumma.

L'exemple récent des Talibans

L'exemple des Talibans est, à cet égard, tout à fait intéressant. En effet, l'ensemble de la communauté internationale et médiatique a dénoncé leur fondamentalisme religieux sans savoir que bon nombre de leurs pratiques étaient dictées non par le Coran et la Sunna Prophétique, mais bel et bien par le PashtounWali. En effet, l'arrivée des Talibans au pouvoir c'est le retour de l'ethnie pashtoune aux plus hautes sphères de l'état aprés plusieurs années d'absence (le gouvernement qu'ils renversèrent était dirigé essentiellement par des Tadjiks du nord ouest de l'Afghanistan). Logiquement, ils s'appuyèrent sur le Sud de l'Afghanistan (entièrement pashtoune) pour asseoir leur domination politique et militaire. Ils se servirent de cette communauté de langue et de coutumes pour enrôler et combattre les ethnies du nord de l'Afghanistan (tadjiks, ouzbeks, kirghizes...). C'est donc l'identification à l'ethnie et non la stricte observance des précepts religieux , qui fit en partie le ciment de ce groupe. C'est d'ailleurs cela qui leur a fait fermer les yeux sur le commerce et la culture peu orthodoxes de l'opium dans les régions où la population les soutenait. Faut-il rappeler que l'Afghanistan resta sous les Talibans le principal producteur d'opium dans le monde. En 2001 le pays exporta 35 tonnes selon le PNUCID (Programme des Nations Unis pour le contrôle international des drogues).

Je dirige le site Elkalam.com depuis 2005. Soucieux de croiser les regards sur le monde musulman,... En savoir plus sur cet auteur



1.Posté par Ibrahim le 25/11/2009 21:41
En ce qui concerne le trafic d'opium, avant l'arrivée des talibans au pouvoir la production était de l'ordre de milliers de tonnes, donc que cette production soit passée de milliers a 35 tonnes est une avancée significative due aux talibans.

2.Posté par iori le 21/07/2011 03:31
l'islam et appliqué par beaucoup de peuples, et de nombreuses manières différentes.
montrer du doigt les pashtouns, qui ne sont plus a la mode du jour, en leurs attribuant le résumé de toutes les plus obscures traditions, et dérives récentes, ne justifie pas la charia,
et n' aide pas plus que ca a valoriser l'islam dans l' opinion public.
jusqu'à preuve du contraire, la charia s'efforce de résoudre le particularisme a coups de lapidation...
entre beaucoup d'erreurs et d' imprécisions, la burqa, ou plus précisément la burqa intégrale qui a fait sensation dans les télévisions du monde entier ne viens pas a l'origine du peuple pashtoun, mais un prince mongol trop jaloux ... conquérant des villes du pays.
la burqa est encore moins porté dans les tribus, ou même les talibans n'ont pas imposé leurs règles. les femmes ne peuvent pas travailler avec ca...
pour l'anecdote, pendant une courte période, c'était les femmes de l'aristocratie qui les portaient.

3.Posté par iori le 21/07/2011 03:31
l'islam et appliqué par beaucoup de peuples, et de nombreuses manières différentes.
montrer du doigt les pashtouns, qui ne sont plus a la mode du jour, en leurs attribuant le résumé de toutes les plus obscures traditions, et dérives récentes, ne justifie pas la charia,
et n' aide pas plus que ca a valoriser l'islam dans l' opinion public.
jusqu'à preuve du contraire, la charia s'efforce de résoudre le particularisme a coups de lapidation...
entre beaucoup d'erreurs et d' imprécisions, la burqa, ou plus précisément la burqa intégrale qui a fait sensation dans les télévisions du monde entier ne viens pas a l'origine du peuple pashtoun, mais un prince mongol trop jaloux ... conquérant des villes du pays.
la burqa est encore moins porté dans les tribus, ou même les talibans n'ont pas imposé leurs règles. les femmes ne peuvent pas travailler avec ca...
pour l'anecdote, pendant une courte période, c'était les femmes de l'aristocratie qui les portaient.

4.Posté par Afghanobserver le 20/01/2012 13:29
Salut, bonne article mais j'aimerais connaitre les sources que tu as utilisé étant donné que je compte me servir de ces informations pour mon TPE. Merci d'avance.

Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 9 Septembre 2015 - 14:08 Lettre au Porteur de Lumière (Reza)