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La présence arabe et l’arrivée de l’Islam en Amérique-Latine


Rédigé le Samedi 18 Janvier 2014 à 15:33 | Lu 6503 fois |


Lorsqu’on parle des arabes en général, on les associe la plupart du temps à des musulmans, et pourtant il existe de nombreux arabes chrétiens. La majorité d’entre eux qui vivent en Amérique-Latine sont originaires du Moyen-Orient (Syrie, Liban, Palestine). Parmi eux une minorité de musulmans. Certains, perdus, ont délaissé leur religion, d’autres la pratiquent et restent fidèles à leur foi. Mais malgré tout, en Amérique-Latine, l’Islam séduit…au Mexique, des Indiens du Chiapas se sont convertis et ont ainsi renoué avec leur valeurs d’origines, pour les afros-brésiliens, cette conversion représenterait une façon de rendre hommage à leurs ancêtres….



Mosquée dans le Quartier de Palermo à Buenos-Aires en Argentine
Mosquée dans le Quartier de Palermo à Buenos-Aires en Argentine

La présence arabe et l’arrivée de l’Islam en Amérique-Latine

Au cours du 19e siècle, des arabes originaires du Moyen-Orient et d’Egypte (1850-1860), parmi eux une majorité de chrétiens mais aussi des musulmans, s’installèrent dans des pays comme l’Argentine, le Brésil, le Venezuela ou la Colombie. A partir de 1950, ce sont des musulmans de Palestine, du Bangladesh et du Pakistan qui choisirent des destinations comme le Paraguay, le Chili et la Colombie.
Ce peuple a émigré vers l’Amérique-Latine en raison de la crise économique qui sévissait sur l’empire Ottoman au début du 19e siècle, des différentes guerres (première et deuxième guerre mondiale) mais aussi le conflit israélo-palestinien et la guerre civile au Liban dans les années 70. Toutes ces persécutions religieuses et politiques ont amené les arabes à s’expatrier vers ce vaste territoire dans le but de prendre un nouveau départ [1].
Ces immigrés s’investirent dans le commerce [2], ils débutèrent en tant que vendeurs ambulants dans les rues des grandes villes, en vendant tous types d’accessoires comme des peignes, des savons, des miroirs, des bas, des boutons,…Leur but était de fidéliser la clientèle et de mette de l’argent de coté. Et ainsi, pour ceux qui se débrouillaient bien de s’installer dans de petites boutiques. Beaucoup d’entre eux se spécialisèrent dans le textile, une activité venue du Moyen-Orient et plus particulièrement de Syrie. Ces immigrés avaient pour but de rentrer chez eux une fois avoir fait fortune mais bon nombre d’entre eux s’y établirent.
Aujourd’hui, leur descendance est bien intégrée, Ils parlent espagnol et font des études ; certains ont repris l’activité de leurs parents ou grands-parents et dirigent de grandes entreprises commerciales tournées vers l’exportation et collaborent avec les pays arabes.

L’immigration est difficile à vivre, se retrouver loin de son pays, de sa famille nous force naturellement à nous regrouper entre individus de la même origine et créer notre propre communauté. C’est de cette façon que furent créés les clubs et autres associations arabes dans les pays latino-américains. La communauté arabe la plus importante se trouve en Argentine et c’est à San Miguel de Tucumán que fut célébré le premier congrès Argentin Arabe en 1971. Cette association fut nommée FEARAB Argentina. Deux ans plus tard, le 19 octobre 1973 la FEARAB América fut créée à Buenos-Aires. Cette organisation a pour but de réunir toutes les FEARAB nationales. Et chaque association, ou organisme qui valorisent la culture arabe, peut adhérer, s’il le souhaite, à la FEARAB de son pays. Cette association a pour but de préserver l’unité, l’identité et la culture des communautés américano-arabes.
Lors des différents congrès qui se tiennent tous les deux ans, certains points sont évoqués et votés. Ils seront ensuite présentés devant les institutions compétentes.
La FEARAB-América a célébré son 40e anniversaire lors de son dernier Congrès qui se tint les 1er, 2 et 3 novembre dernier à Buenos-Aires. Les membres du comité exécutif se prononcèrent contre les violences infligées au peuple syrien, mais en faveur de la constitution d’un état palestinien indépendant et à la levée de l’embargo des Etats-Unis envers Cuba. C’était aussi l’occasion de réélire les nouveaux membres du Comité exécutif et directeur [3] .
La FEARAB est une organisation qui regroupe environ 18 millions d’américano-arabes à travers tout le continent, elle n’est pas basée sur la religion mais essentiellement sur la culture arabe. Elle n’aide pas financièrement les associations mais les aide à maintenir de bonnes relations dans le but de conserver un lien avec leurs pays d’origine. Elle soutient, vient en aide et élabore de nombreuses actions dans les pays arabes.

La présence de l’Islam en Amérique-Latine coïnciderait avec la période de la Conquista. Des esclaves originaires d’Afrique de l’Ouest, de pays pour la plupart islamisés comme l’actuel Sénégal ou le Mali emportèrent avec eux leur foi. Parmi ces esclaves africains on comptait aussi des esclaves provenant d’Afrique du nord, mais d’autres venus d’Espagne, qui n’avaient pas encore été expulsés du Royaume. Il y avait aussi des morisques (espagnols convertis) ainsi que des juifs. Ces derniers, pour échapper au régime autoritaire des Rois catholiques, se laissèrent embarquer jusqu’au nouveau monde.
Certains chercheurs, comme c’est le cas de Muhammad Hamidullah [4] affirment que L’Amérique-Latine aurait été découverte par des musulmans et plus précisément par des tribus berbères. Dans ses recherches il cite l’exemple du Brésil, qui selon lui est indéniable. Cet argument avait aussi été utilisé et démontré concernant la découverte des Iles Canaries.

Une religion qui attire

Actuellement, on compterait environ 6 millions de musulmans à travers toute l’Amérique-Latine. Les deux pays les plus peuplés sont le Brésil (1 500 000) et l’Argentine (700 000).
Les arabes musulmans qui arrivèrent sur le continent au début du siècle éprouvaient des difficultés à pratiquer leur religion, par manque de communication avec leur pays d’origine, ils ne connaissaient pas les dates exactes des différents événements religieux comme le Ramadan par exemple. De plus, il était difficile « d’imposer »une nouvelle religion dans un pays majoritairement catholique. Transmettre sa religion à son enfant était aussi un problème car il n’existait aucune traduction du Coran en espagnol, c’est bien plus tard, avec la deuxième vague d’immigration arabe, le développement des moyens de communication, et la création de centres islamiques que les musulmans renouèrent avec leur religion d’origine et que l’Islam se développa.
Ils se regroupent en petites communautés. Ils organisent toutes sortes d’événements et vivent pleinement leur religion entre eux en fréquentant des centres islamiques ou des mosquées.
Chaque pays a sa mosquée, certains en ont plusieurs comme c’est le cas de l’Argentine, où la communauté arabe et musulmane a un poids important : tout dépend du nombre de musulmans résidant dans le pays.
Cuba n’a pas encore de mosquée et pourtant la communauté compte 13 000 musulmans contrairement au Mexique qui en a déjà trois et 6000 musulmans. La situation de Cuba est particulière, le régime ne fait pas des religions une priorité, de plus, l’embargo nord américain et la pauvreté n’arrangent pas les choses. La création d’une mosquée n’est pas à l’ordre du jour et pourtant une promesse de construction a déjà été évoquée quelques années auparavant.
Bien qu’au Brésil il y ait une forte communauté arabe originaire de syrie et du Liban, c’est le pays qui compte le plus de musulmans convertis. Ces convertis sont surtout des afro-brésiliens, ces derniers s’identifient à la religion de leurs ancêtres. Une manière de renouer avec leur passé, leurs origines. Ce même phénomène se retrouve en Espagne et plus précisément en Andalousie où on compte une multitude d’espagnols convertis. Les afro-américains des Etats-Unis reproduisent le même schéma.
Dans les pays d’Amérique Centrale, L’Islam est aussi présente. Le Honduras compte environ 11 000 musulmans (soit 0,1% de la population). Il existe deux organisations islamiques connues : le Centre Islamique du Honduras situé dans la ville de San Pedro de Sula, et dirigé par Yusuf Amdaoui et la Communauté Islamique du Honduras à Cortes.
Il existe une forte communauté palestinienne au Honduras, c’est pourquoi le mouvement islamique local milite pour la paix au Proche-Orient et condamne le massacre infligé par l’armée israélienne sur peuple de Gaza. Pour eux, cet excès de violence constituerait une provocation envers tous les musulmans. Ils appellent par conséquent, à la solidarité.
Certains pays andins comme le Pérou ou la Bolivie voient le nombre de convertis à l’Islam augmenter. Même si on en n’y pense pas forcément, l’Islam est présent en Amérique-Latine dans différents domaines comme l’architecture, la cuisine, la langue mais aussi dans la mentalité de certains. On pourrait croire que la pudeur des femmes des pays andins proviendrait de cette religion qui suscita beaucoup de curiosité à l’époque de la colonisation espagnole. En effet, au Pérou, les femmes musulmanes dissimulées sous leur hijab étaient appelées « las limenas tapadas » (Les femmes couvertes de Lima), jusqu’au 19e siècle, cette tenue vestimentaire, mystérieuse, et qui ne laissait transparaitre qu’un seul œil, inspira les femmes de la haute société péruvienne [5] . Bien plus tard, c’est le reste de la population qui l’adopta pour se protéger du regard des autres : ou garder pour soi certains aspects de la personnalité qui ne méritaient pas d’être dévoilés.
L’islam est une religion qui attire mais qui fait peur à la fois, les médias la dénaturent et en ternissent son image: selon eux, elle inciterait au terrorisme. Bienheureusement, tout le monde pense différemment. La majorité des latinos convertis voient en elle un retour à leurs origines, mais sont aussi en quête d’un apaisement, d’une tranquillité spirituelle. Ce qui les attire sont des valeurs comme le respect, la tolérance, la pudeur,…alors serait-ce pour eux, une façon de se remettre en question et de repartir sur de bonnes bases ?

Notes

1. Abla Antoinette Safadi « Migrations arabes en Amérique du sud », Bulletin du Centre Culturel Arabe, Institut Européen de la Culture Arabe, Septembre 2006
2. Abdeluahed Akmir « Los Arabes en América-Latina-Historia de una emigración », Siglo XXI, Madrid, 2009, P.147
3. Juan Dufflar « XVII Congreso panamericano-árabe : demanda FEARAB-América cese bloqueo a Cuba », Revue Trabajadores, La Havane, Cuba, le 11 novembre 2013 (www.trabajadores.cu)
4. Juan Dufflar « XVII Congreso panamericano-árabe : demanda FEARAB-América cese bloqueo a Cuba », Revue Trabajadores, La Havane, Cuba, le 11 novembre 2013 (www.trabajadores.cu)
5. AIN « La presencia árabe y musulmana en Perú-Entrevista al guía oficial de turismo de la ciudad de Lima, Javier Gómez Alpaca », Le 22 janvier 2012 (http://islamhispania.blogspot.com)

J’ai 34 ans et je suis Docteure en Etudes Hispaniques et Latino-américaines, spécialiste de Cuba.... En savoir plus sur cet auteur


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