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Le boycott d’Israël : la résistance non-violente à la portée de tous


Rédigé le Jeudi 1 Octobre 2015 à 17:03 | Lu 1858 fois |


Parce que la fabrique de l'oubli va bientôt se mettre en branle et qu'elle sera, comme à son habitude, plus forte que tout, que les rues vont se vider de leurs manifestants, que les journaux TV ne vont bientôt plus parler des injustices quotidiennes que connait cette terre, nous devons d'ores et déjà nous engager sur des actions au long cours qui permettront à ce combat de perdurer dans le temps.



Le boycott pour les nuls

À l'origine, le boycott est le choix de ne pas acheter des produits dont les conditions de production ne sont pas jugées justes. Le terme vient du nom de Charles Cunningham Boycott (1832-1897), intendant d'un riche propriétaire terrien du comté de Mayo, en Irlande de l'Ouest, durant le XIXe siècle : comme il traitait mal ses fermiers, il subit un blocus de leur part. Depuis cette époque, cette pratique a été généralisée et souvent associée à des combats politiques historiques, elle est devenue sans aucun doute l'une des forme de résistance non violente les plus efficaces. Cet outil fut abondamment utilisé par Gandhi lors de la lutte pour l'indépendance en Inde, plus récemment par les mouvements noirs américains pour dénoncer la ségrégation raciale ou encore par les nations occidentales, à un niveau politique, contre l'apartheid sud africain.

Bien qu'il soit difficile de mesurer les effets réels du boycott sur un pays ou sur une firme multinationale, il n'en reste pas moins que la force du boycott se situe à 3 niveaux :

1. C'est une action à la portée de tous : il n'est interdit à personne de faire des choix de consommateurs avertis. En cela, la force du boycott se situe dans le fait qu'il est quasiment impossible à la cible de contrer les actions de communication visant ses produits : cette communication se faisant très souvent de façon virale, de bouche à oreille, à travers les réseaux sociaux ou tout simplement entre amis.

2. Ce choix du consommateur est dans 80 % des cas définitif. Il est ainsi très difficile à la marque ou au produit visé de faire revenir en arrière ce consommateur puisqu'il s'agit d'un choix réfléchi et non contextuel, comme ce fut le cas par exemple avec la vache folle : dans ce cas le consommateur rejette le produit mais y revient tôt ou tard.

3. La conjugaison des 2 premiers points induits de réels effets sur le long terme, d'un point de vue financier certes mais également au niveau de l'image des produits ou des Etats visés qui pâtissent de cette mauvaise publicité sous-terraine, difficilement identifiable et contrôlable.

En France, l'affaire Danone a beaucoup marqué les esprits au début des années 2000. Suite à un plan de restructuration qui prévoyait la fermeture de six usines et la suppression de plus de 1 800 postes dans le monde, une partie des salariés avait appelé au boycott, créant même un site Internet. À cause de cette mobilisation, la croissance des ventes de biscuits a beaucoup été ralentie ! Certaines marques ne se relèvent jamais vraiment d'une telle action, comme Nestlé, boycottée en 1977 suite à l'affaire du lait infantile, des substituts de lait maternel qui contribuaient selon les militants à la mort de nourrissons au sein des populations pauvres. Malgré tous les efforts de la marque pour redorer son blason, le scandale reste ancré dans les esprits...

Le boycott des produits israéliens : l'appel de la société civile palestinienne

En 2005, la société civile palestinienne appel au Boycott, aux Sanctions et aux Retraits des Investissements contre Israël jusqu’à ce qu’il applique le Droit International et les Principes Universels des Droits de l’Homme (vous pouvez télécharger à la fin de ce paragraphe l'appel dans son intégralité) :

"Nous, représentants de la Société civile palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid. Nous faisons appel à vous pour faire pression sur vos états respectifs afin qu’ils appliquent des embargos et des sanctions contre Israël. Nous invitons également les Israéliens honnêtes à soutenir cet appel, dans l’intérêt de la justice et d’une véritable paix. Ces mesures de sanction non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en :

1. Mettant fin à son occupation et à sa colonisation de toutes les terres arabes et en démantelant le Mur ;
2. Reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité absolue ; et
3. Respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU"

Cet appel palestinien a été adopté par des centaines de mouvements progressistes internationaux dont de nombreux militants, associations et intellectuels israéliens opposés à cette politique coloniale. Une charte a été édictée dont vous pouvez lire ici les principes essentiels.

bdsfr_1.pdf BDSfr-1.pdf  (20.28 Ko)


Petit guide du boycotteur débutant : 5 étapes pour commencer

Vous trouverez sur internet des dizaines de sites relayant cet appel et dressant des listes entières de produits à boycotter. Parmi les principaux qui vous permettront d'y voir clair, le site officiel BDS France, probablement le mieux documenté et le plus actualisé en langue française.

Au delà de l'information, disponible sur internet au sujet des grandes campagnes de boycott type Sodastream, le plus compliqué est de commencer à balayer devant sa porte. Face à la fulltitude des produits présents dans nos foyers, difficile en effet d'y voir clair. Voici quelques étapes à respecter pour commencer :

1. Devenez un consomm'acteur : ne remplissez plus votre chariot de courses aveuglément. Pour cela il vous suffit simplement de tourner le produit que vous avez en main, et regarder son origine. Le code barre peut également vous donner une indication de sa provenance : les produits israélien contiennent en général le chiffre 729. Ces produits peuvent être de tous ordres et pas seulement alimentaires comme les fruits et légumes par exemple (oranges, avocats, dattes par exemple). Voici un exemple d'un produit anodin mais bel et bien fabriqué en Israël :
Lingettes pour bébé mots d'enfants de la marque repère (Leclerc)
Lingettes pour bébé mots d'enfants de la marque repère (Leclerc)

2. Passez en revue vos habitudes de consommation : inventorier les produits que vous avez l'habitude d'acheter le plus souvent pour vous assurer qu'ils ne sont pas d'origine douteuses. Au delà des quelques astuces décrites plus haut vous pouvez également vous fier à ces dossiers trés bien documentés.

Vous avez également à votre disposition des applications vous permettant d'adhérer à ces campagnes de boycott et de savoir en un coup d'oeil les origines de tel ou tel produit. La plus fameuse d'entre elle est l'application Buycott

3. La condition incontournable permettant la réussite à grande échelle de ce mouvement est son aspect global. L'ensemble des produits provenant d'Israël doit être boycotté : il n'y a aucune distinction à faire entre les produits provenant des territoires occupés, ceux des colonies illégales ou ceux d'Israël. Le boycott est global et doit également s'appliquer au-delà des simples produits de consommation courante : il est également valable pour les produits high-tech, culturels ou pharmaceutiques par exemple.

4. Un élément important tiendra au fait que votre action devra se diffuser auprès de votre entourage proche, vos amis, votre famille. C'est un élément déterminant et incontournable de votre action individuelle et de réussite du boycott. Le boycotteur efficace ne doit pas se cacher. Aussi minime que votre action puisse paraître, sachez que ce sont les petites rivières qui font les grands fleuves. Le consomm'acteur sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait et peut donc expliquer aux autres le sens de son action pacifique.

5. Si le boycott vise à prendre le contre-pied du non-respect par Israël des règles du droit international, il est nécessaire de prendre également en considération les actions visant à valoriser le commerce et l'artisanat palestinien. Il existe une multitude de projets dans ce genre. Parmi eux citons le projet Fipsouk . Ce projet vise à promotionner les exportations de la production agricole et artisanale de ce peuple qui réclame l’application du droit international, et en particulier la liberté de circulation des personnes et des marchandises. Ce commerce alternatif a pour conséquences, outre l’apport financier à la société familiale palestinienne, la connaissance de sa culture et le maintien des relations très proches avec ces résistants pacifistes qui malgré leurs difficultés, participent au maintien des ressources naturelles rémunérant le travail d’hommes et de femmes et leur donnant accès à la dignité.
La plateforme des ONG françaises de soutien à la Palestine+ répertorie également de nombreux projets qui vont dans ce sens : développement de la production agricole, soutien aux initiatives féminines, aux petites entreprises....


Je dirige le site Elkalam.com depuis 2005. Soucieux de croiser les regards sur le monde musulman,... En savoir plus sur cet auteur



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