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Le sionisme du point de vue de ses victimes juives


Rédigé le Vendredi 3 Octobre 2008 à 14:15 | Lu 2135 fois |


Le sionisme du point de vue de ses victimes juives
Ajouté le 07/03/2008 - Auteur : admin
Auteur : Ella Shohat : Professeur à l'univsersité de New York. Ella a publié de nombreux ouvrages et articles sur le postcolonialisme et notamment sur les rapports entre les concepts d'Arabe, de juif et de juif oriental

Titre : Le sionisme du point de vue de ses victimes juives : Les juifs orientaux en Israël
Editeur : La Fabrique
Pages : 123p



Le sionisme du point de vue de ses victimes juives
Compte rendu

Jusqu’ici le débat s’est essentiellement basé sur d’anciennes oppositions (Orient contre Occident, Israel contre pays arabes, musulmans contre juifs…) en niant la possibilité de l'entité médiatrice que sont les juifs arabes. En niant l’Orient arabe, musulman et palestinien, le sionisme a nié les juifs orientaux qui tout comme les palestiniens ont eux aussi été spoliés de droit à la représentation. La voix dominante d’Israël, dans le pays même et sur la scène internationale, a presque toujours été celle des juifs européens, les ashkénazes, tandis que celle des mishrahim a été largement étouffée. Le sionisme s’est toujours présenté comme un mouvement de libération pour tous les juifs, alors qu’il l’a été presque uniquement que pour les juifs européens. Bien qu’il prétende offrir un foyer national à tous les juifs , le sionisme n’a pas ouvert ces portes avec la même générosité pour tout le monde. Une fois sur place les mishrahim ont eu à subir une véritable oppression culturelle et structurelle. Ella Shohat nous donne de nombreux exemples issus aussi bien de l’histoire du mouvement sioniste que de l’actualité économique et sociale d’Israël. Ainsi par exemple, elle nous explique comment les sionistes européens ont délibérément fait venir dans la première moitié du 20e siècle, des mishraim yéménites afin de concurrencer la main d’œuvre arabe locale que les grands propriétaires, pour certains juifs, préféraient employer du fait de leur bon marché. Il était accepter idéologiquement que les juifs orientaux étaient plus ruraux, serviles, corvéables que les juifs européens plus cultivés et habitués à vivre en ville. Ainsi s’instaura avant même la création de l’état hebreux une division ethnique du travail profitable aux juifs européens d’origine ashkénaze. Au cours des années 80, c’est cette même division ethnique du travail qui permis à de très gros industriels de faire des profits substantiels en employant une main d’œuvre toujours aussi bon marché. Ce qui était valable dans l’agriculture pour les juifs orientaux le devint pour l’industrie dans les années 60. Les ouvriers travaillant à la chaîne ne gagnaient guère plus que 200 dollars par mois soit à peu près autant qu’un ouvrier d’un pays du Tiers-monde. Cette division ethnique se reproduit également dans le système scolaire où les élèves mishraïms sont 2 à 4 fois moins nombreux que les juifs ashkénazes dans les lycées, 5 fois moins nombreux dans les universités, font en moyenne 2 à 3 ans de moins d’études supérieures. Selon Shlomo Swirsky, le système éducatif fait une gigantesque entreprise de catalogage dont l’une des effets d’abaisser systématiquement les résultats des enfants juifs orientaux et les ambitions de leurs parents.

Il en fut de même au cours des années 50 durant lesquelles la politique d’immigration fut un échec total : de nombreux juifs européens décidérent d’émigrer dans d’autres pays., ce qui obligea les dirigeant Israéliens à de nouveau faire appel aux mishraïms afin de soutenir l’activité économique du pays. En fait, l’ambition affichée de sauver les juifs orientaux cachait surtout une volonté de sauver le sionisme d’un possible effondrement économique et politique. Les juifs orientaux arrivèrent en masse et furent disséminer au 4 coins du pays au mépris de liens forts qu’ils avaient avec leur communauté et leur culture. Des communautés très anciennes ont été ainsi désintégrées au gré de la volonté des dirigeant sionistes utilisant ces populations pour occuper les villages et logements laissés vacants à la frontière suite à la fuite des familles palestiniennes. Manquant de forces vives pour défendre ces frontières, ces mêmes dirigeant décidèrent de se servir des juifs orientaux comme « boucliers » face aux attaques arabes de plus en plus fréquentes et face auxquelles l’armée israëlienne ne faisait pratiquement rien préférant concentrer son effort sur les villages à majorité ashkénazes.

Ella Shohat montre également comment même avant leur arrivée, des mesures discriminatoires ont été mises en place motivées par la certitude que les juifs ashkénazes, autoproclamés, « sel de la terre », méritaient de meilleures conditions et des privilèges spéciaux. Les nombreux camps que les sionistes avaient construits dans les pays d’origine, étaient proprement inhumains. Un rapport de l’agence juive raconte que dans l’un de ces camps de transit à Alger, plus d’une cinquantaine de personnes vivaient dans moins de 5 m². Quand les juifs d’Afrique du Nord commencèrent à avoir vent de ces traitements, certains retournérent dans leur région ou pays d’origine.
En empruntant de nombreux éléments à la thèse d'Edward Saïd sur l'orientalisme, tout au long de cet ouvrage Ellah Shohat détaille comment le sionisme idéologique et poiltique a, peu à peu fait des Palestiniens comme des Juifs Orientaux, non pas des sujets agissants mais des objest subissants pour finallement les dresser les uns contre les autres.