Compte rendu
Jusqu’ici le débat s’est essentiellement basé sur d’anciennes oppositions (Orient contre Occident, Israel contre pays arabes, musulmans contre juifs…) en niant la possibilité de l'entité médiatrice que sont les juifs arabes. En niant l’Orient arabe, musulman et palestinien, le sionisme a nié les juifs orientaux qui tout comme les palestiniens ont eux aussi été spoliés de droit à la représentation. La voix dominante d’Israël, dans le pays même et sur la scène internationale, a presque toujours été celle des juifs européens, les ashkénazes, tandis que celle des mishrahim a été largement étouffée. Le sionisme s’est toujours présenté comme un mouvement de libération pour tous les juifs, alors qu’il l’a été presque uniquement que pour les juifs européens. Bien qu’il prétende offrir un foyer national à tous les juifs , le sionisme n’a pas ouvert ces portes avec la même générosité pour tout le monde. Une fois sur place les mishrahim ont eu à subir une véritable oppression culturelle et structurelle. Ella Shohat nous donne de nombreux exemples issus aussi bien de l’histoire du mouvement sioniste que de l’actualité économique et sociale d’Israël. Ainsi par exemple, elle nous explique comment les sionistes européens ont délibérément fait venir dans la première moitié du 20e siècle, des mishraim yéménites afin de concurrencer la main d’œuvre arabe locale que les grands propriétaires, pour certains juifs, préféraient employer du fait de leur bon marché. Il était accepter idéologiquement que les juifs orientaux étaient plus ruraux, serviles, corvéables que les juifs européens plus cultivés et habitués à vivre en ville. Ainsi s’instaura avant même la création de l’état hebreux une division ethnique du travail profitable aux juifs européens d’origine ashkénaze. Au cours des années 80, c’est cette même division ethnique du travail qui permis à de très gros industriels de faire des profits substantiels en employant une main d’œuvre toujours aussi bon marché. Ce qui était valable dans l’agriculture pour les juifs orientaux le devint pour l’industrie dans les années 60. Les ouvriers travaillant à la chaîne ne gagnaient guère plus que 200 dollars par mois soit à peu près autant qu’un ouvrier d’un pays du Tiers-monde. Cette division ethnique se reproduit également dans le système scolaire où les élèves mishraïms sont 2 à 4 fois moins nombreux que les juifs ashkénazes dans les lycées, 5 fois moins nombreux dans les universités, font en moyenne 2 à 3 ans de moins d’études supérieures. Selon Shlomo Swirsky, le système éducatif fait une gigantesque entreprise de catalogage dont l’une des effets d’abaisser systématiquement les résultats des enfants juifs orientaux et les ambitions de leurs parents.