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Les caricatures du Prophéte : de qui se moque t-on ?


Rédigé le Dimanche 19 Mars 2006 à 09:17 | Lu 1605 fois |


Les protestations des Musulmans ont commencé après la publication, le 30 septembre 2005, par le quotidien libéral danois Jyllands-Posten, de douze caricatures du Prophète Mohamed, dont l’une le montre coiffé d’un turban en forme de bombe avec une mèche allumée et l’autre un cimetierre à la main encadré de deux femmes voilées. Le caractère provocateur et blasphématoire de ces dessins aux yeux des musulmans et l’indignation légitime qu’ils provoquèrent ne parviennent toutefois pas à nous faire oublier certains éléments troublant.....



Manipulation

Comment ne pas voir que l'objectif clairement atteind de cette campagne est de faire croire aux musulmans que ces caricatures constituent LA provocation de trop, celle qu'ils ne peuvent accepter. Aprés Salman Rushdie, Tasleema Nasreen, c'est ce petit quotidien Danois, sorti de nulle part, qui encourage les foules musulmanes à sortir dans les rues et à manifester leur indignation. Enfin, on peut toutefois s'interroger sur la bonne foi des manifestants syriens et d'autres d'ailleurs, quand on sait que Mr Bachir Al Assad est à la tête d'un des régimes les plus policiers du monde. Ces manifestants avaient probablement des milliers d'autres raisons de déchaîner leur colère dans la rue.....Comme le dit Olivier Roy dans un article récent du Monde "Un régime qui a exterminé des dizaines de milliers de Frères musulmans se trouverait à la pointe de la défense du Prophète !"[1} On ne peut également que s'interroger sur le raisons pour lesquelles ces dessins n'ont provoqué des réactions que plusieurs semaines voire plusieurs mois aprés leur publication ; c'était peut-etre le temps qu'il fallait aux instigateurs de cette gigantesque farce d'organiser leur comédie. Depuis de 12 caricatures de trés bas niveaux, pour ne pas dire autre chose, nous sommes passés à une fresque grandeur nature qui défilent dans les rues des pays arabo-musulmans et en Occident afin finallement de confirmer le fonds et la forme de l'initiative danoise. Le pire c’est que cette défiguration de Mohamed, par ses propres adeptes, s’est vue renforcer par des dictatures en place plus soucieuses de se maintenir au pouvoir que de défendre les dites vraies valeurs de l’islam.
En France, nos superbes représentants du CFCM n'ont pas trouvé autres choses que de faire dans le populisme, porter plainte et envoyé une lettre au Président de la République en lui demandant de prendre "les dispositions législatives nécessaires empêchant l’islamophobie, l’insulte et la diffamation sur Dieu et ses prophètes". Pourquoi surfer sur cette vague alors qu'ils auraient tout aussi bien pu expliquer qu'en France et en Europe, la liberte d'expression est un droit inaliénable, hérité de Diderot et de Voltaire, et que la critique des religions fait pas partie de cette tradition. Nous chérissons la liberté d'expression quand elle nous permet d'organiser des associations, des colloques ou des conférences, et la dénonçons lorsqu'elle permet à un groupe d'individus d'emettre des satires et des critiques à notre encontre. Ce n'est pas une attitude intellectuellement recevable ; elle n'est pas digne de personnes se désignant comme responsables mais plutôt d'individus en quête éperdue de légitimité.

Ne pas se tromper de combat

Dans leur lettre au Président de la République, l'UOIF et le CFCM font état d'"une multiplication des propos, attitudes et actes à caractère islamophobe contribuant à la stigmatisation des citoyens de confession musulmane et à la dénaturation de leur image et de celle de l’islam". Le problème de l'image et de la représentation des musulmans dans l'esprit des Occidentaux sont ici au coeur du probléme. Ce qui est reproché dans cette affaire, c'est autant l'illustration d'un Prophète que l'image négative que ces caricatures renvoient de toute une communauté. Or depuis des siécles déjà, il existe en France et en Europe une tradition de la dérision, un courant anti-clérical (et pas simplement anti-musulman) qui fustige toutes les croyances religieuses. Ces mouvements ne touchent traditionnellement qu'une trés faible partie de l'opinion, et le tirage de leurs quotidiens restent extrêmement réduits. La réaction exagérée, manipulée et disproportionnée a plus nuit à l'image des musulmans en confirmant celle que véhiculait le quotidien danois, que les caricatures elles-mêmes. Finalement, nous souhaitons lutter pour notre image en nous crispant contre un Occident dont les valeurs nous effraient. Nous le désignons comme l'unique responsable de notre mauvaise publicité, mais ce doigt que nous pointons vers lui, ne devons nous pas le retourner vers nous ? Cet Occident est comme un mirroir, et n'est ce pas l'image qu'il renvoit de la Oumma qui nous fait peur ?

Comme un adolescent qui ne s'aime pas, qui n'est pas bien dans son corps, notre Communauté projette toute l'agressivité qu'elle concentre en son sein, vers l'autre, celui qui nous donne toujours des leçons et nous indique la marche à suivre. Le feu qui à chaque instant brûle dans notre corps rend impossible la moindre autocritique, et nous rend incapable de reprendre le contrôle de la situation. Ce feu c'est l'Irak qui se déchire aprés avoir été brisé, c'est la Palestine que plus personne ne respecte, ce sont ces boutons disgrâcieux qui se nomment ignorance, incompréhension et violence. Le mal être qui s'est emparé de nous, nous pousse maintenant à l'automutilation comme si la douleur que celle ci entraînerait, nous servait à mieux oublier la souffrance qui nous ronge de l'intérieur.

Ne nous trompons donc pas de combat : celui qui doit nous préoccuper, mobiliser le peu de forces qui nous restent s'appelle pacification des esprits. Lutter pour la paix au sein du monde musulman est peut-être utopique, moins en tout cas que de vouloir faire la guerre à tout ce qui bouge ou faire des procés contre tout ce qui ne pense pas comme nous. Il est universellement reconnu que la paix est la condition première et indispensable au développement de la prospérité et du respect au sein du concert des nations. Il ne s'agit pas de tendre l'autre joue lorsqu'on nous gifle, juste dans un premier temps de prendre un peu de distance intellectuelle et de réfléchir à d'autres solutions que de répondre à la terreur par la terreur.