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Lettre au Porteur de Lumière (Reza)


Rédigé le Mercredi 9 Septembre 2015 à 14:08 | Lu 582 fois |


Tu t’en vas, fauché par une bombe. Peu de temps avant cette mort annoncée, tant nous la redoutions tous, tu disais à ton fils, Ahmad, devant tes proches : “Si je viens à mourir pour les idées que j’ai défendues toute ma vie, je ne veux pas que tu pleures, ni que ton coeur tremble.”



Tu t’en vas, fauché par une bombe. Peu de temps avant cette mort annoncée, tant nous la redoutions tous, tu disais à ton fils, Ahmad, devant tes proches : “Si je viens à mourir pour les idées que j’ai défendues toute ma vie, je ne veux pas que tu pleures, ni que ton coeur tremble.”
Dans ce monde où se mêlent calculs et perversion, intérêts économiques et conflits de pouvoir, les porteurs de lumière semblent avoir si peu de place. Ils dérangent l’ordre, ou plutôt, les “désordres” du monde. Socrate ou Gandhi ne sont-ils pas morts au nom d’une vérité qui allait à l’encontre de l’obscurantisme ?
Enfant d’une culture, d’une civilisation riche et méconnue, tu faisais partie de ce nombre restreint d’êtres qui mirent leurs actes et leur pensée au service de l’humanité, au risque d’attirer l’animosité des pouvoirs en place.
Poète dans l’âme, tu as été contraint à revêtir le déguisement d’un chef de guerre afin de repousser l’Armée rouge, venue coincer sous sa botte destructrice ton peuple au détriment de l’indépendance de ton pays.
C’est toi seul qui sut lutter contre cette machine de guerre tant redoutée de l’Occident, au plus fort de la Guerre froide. C’est toi seul qui ébranla ce mur de Berlin qui coupait le monde en deux, avant qu’il ne s’écroule, un an après le départ des derniers soldats russes. Quant aux Occidentaux, ils te tournèrent le dos. Tu as tenté, seul encore, l’impossible pour asseoir non pas ton pouvoir, mais la paix et l’indépendance de ton pays.
Combien de fois as-tu lancé des appels ? Combien de fois ne t’est revenu que l’écho de tes paroles qui semblaient frapper les parois des montagnes ?

On peut tuer un homme, briser son corps, anéantir sa chair, mais on ne peut tuer sa pensée. Tu es cette âme noble qui a rêvé pour ton pays, pour le monde : « Je vois un Afghanistan libre, indépendant. Un pays dont le peuple choisira un « conseil des sages », Loya Jirga composé de centaines de représentants. Un pays dont le gouvernement sera élu, où les armes seront rendues. Je vois les Moujaheddin, les combattants, composer une « armée de la reconstruction » et une « armée de l’éducation ». Je vois les filles aller à l’école, comme les garçons. Je vois notre patrimoine culturel, historique, préservé et mis en valeur ; il est notre mémoire. » Il poursuivait, le regard pensif et candide : « J’ai commencé à créer cela au Pandjshir. Je contribuerai à l’étendre, un jour, à l’ensemble de l’Afghanistan. »
Tu as été la flamme sur la route difficile de la paix. Mon ami, je crois fortement que la vie est belle quand je vois d’autres porteurs de flamme poursuivre le chemin que tu nous as tracé.
Souviens-toi de cet ancien proverbe persan que je te citais un jour : « Toutes les ténèbres du monde réunies ne peuvent étouffer la lueur d’une seule petite bougie. »

Ce texte de Reza a été publié avec son aimable accord
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Je dirige le site Elkalam.com depuis 2005. Soucieux de croiser les regards sur le monde musulman,... En savoir plus sur cet auteur



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