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Mounir Bashir, virtuose du 'oud


Rédigé le Dimanche 7 Avril 2013 à 13:05 | Lu 5731 fois |


Par sa technique exceptionnelle, sa justesse d'intonation, son inventivité et sa grande sensibilité, Munir Bachir est devenu le maître incontesté du luth arabe contemporain, forçant respect et admiration des plus grands musiciens
Par sa technique exceptionnelle, sa justesse d'intonation, son inventivité et sa grande sensibilité, Munir Bachir est devenu le maître incontesté du luth arabe contemporain, forçant respect et admiration des plus grands musiciens



mounir_bashir.mp3 Mounir_Bashir.mp3  (14.54 Mo)



Mounir Bashir, virtuose du 'oud
La première écoute d’un de ses solos met son auditeur en contact avec un monde musical inédit, peuplé de sons et de notes qui trouvent une résonance au plus profond de l’âme.

On a peine à décrire ce que l’on peut sentir bouger au fond de soi lorsque l’on entend ce son, véritable essence des méditations de celui qui le produit. Mounir Bashir fait partie des grands musiciens car il a su donner à sa musique un sens universel, qui peut être compris par tous les cœurs et tous les esprits en quête d’Absolu. Les mélodies du luthiste ont fait le tour des scènes du monde entier, de Paris à Mexico, de Budapest à Pékin, imposant un style et rendant ses lettres de noblesse à un instrument trop souvent relégué en simple accompagnement de voix au milieu des derbouka et autres violons. Alors que l’heure était au triomphe des célébrités égyptiennes, Mounir Bachir dérouta, séduisit puis conquit un large public par l’unique effet de ses doigts sur les cordes de son instrument. Tel un archer visant au cœur de sa cible…..chaque note tombe sur l’auditeur comme une goutte d’inspiration, redonnant une vie éphémère à une sensation lointaine, inconnue…tout en s’adaptant parfaitement à l’instant présent. Nombreux sont les artistes ou les groupes de musique traditionnelle arabe qui lui sont redevables d’avoir remis au goût du jour et au centre de la scène, l’instrument. Julien Jalladine Weiss, le maître mondialement reconnu du qanoun, fut tellement bouleversé à l’écoute d’un disque de Mounir Bachir, qu’il décida, en 1976, de donner un nouveau sens à sa carrière de musicien et d’explorer le riche univers de la musique micro tonale orientale. Il nous confie : « Munir Bashir est à l’origine de ma passion pour la musique savante arabe ….devenus très proches amis dés 1984, j’ai fait de nombreux séjours à Baghdad pour étudier avec lui et d’autres musiciens le maqam irakien. Il me présentait un peu comme son fils…Lors de ses funérailles en 1997, j’ai joué de mon qanun sur sa tombe ».Mais laissons un autre grand admirateur, le peintre Ahmed Ben Youssef , nous donner son sentiment à l’égard de l’artiste :

« La contribution de Mounir Bashir à la musique en général et au maqam en particulier est universellement reconnue par les musicologues et critiques comme par un vaste public à travers tous les coins du monde. Son génie réside dans la manière dont il a su préserver la pureté des sources et des traditions de la musique arabe tout en faisant évoluer celle-ci à travers une internalisation de l'émotion. L'émotion en tant que source de méditation qui passe à la fois par le cœur et le cerveau sans oublier les tripes. Il avait tous les trois et plus leurs intensités s'élevaient, avec l’harmonie qui était celle de son âme, plus le silence entre les sons de son luth devenait long et assourdissant pour ceux qui savent écouter les bruissements de la sérénité céleste.
Qu’il est beau le silence qui dérange et qui silence tous les autres silences! Mounir Bashir avait un grand respect pour son luth et tenait compte de ses humeurs - ce dernier le lui rendait fort bien. J’ai rarement vu une pareille symbiose entre un artiste et son instrument. On avait parfois l’impression qu’il ne jouait que pour son luth car il savait que personne ne pouvait le comprendre mieux que lui. Il l’a utilisé pour rentrer dans les cœurs, pour instruire les enfants et les adultes, et pour aider les victimes des discriminations, des injustices et des abus de pouvoir. Un militant sans armes sauf ceux des arrêts de son luth et le mitraillement d’un regard désabusé et dévastateur quand il se trouvait face à l’ennemi. »

Le morceau que vous écouter pendant la lecture de ces quelques lignes s’appellent Hanân. Il s’agit d’un magnifique duo entre Mounir Bashir et son fils Omar, héritier d’une longue et riche histoire musicale familiale. Comme un véritable messager de la musique traditionnelle arabe et plus particulièrement irakienne, ce virtuose du ‘oud sut transmettre non seulement à son fils mais également au plus grand nombre le goût de la musique savante. On ne peut rester qu’admiratif en écoutant cet homme entrer en communion avec les six cordes de son instrument, inviter notre esprit et nos sens du bout de ses doigts à entrer en communion avec quelque chose d’universel, une mélodie ancrer au plus profond de notre conscience ; et tout cela avec une simplicité déconcertante.