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Paris- Tel Aviv express : aller-retour forcé pour une exclusion annoncée


Rédigé le Lundi 2 Novembre 2009 à 14:30 | Lu 3073 fois |


Au Proche-Orient, l'enseignement du français peut nuire gravement à la Sécurité (des Etats paranaoïaques) et à la Liberté (des enseignants...).
Qui a dit que la formation d'enseignante de français comme langue étrangère ne menait à rien?
Elle mène à tout, au meilleur comme au pire.



  A l'étranger, cette profession peut ouvrir beaucoup de portes, y compris celles des prisons.L'expérience peut se révéler très formatrice... à condition de pouvoir en sortir (et de ne pas se retrouver prise au piège d'une autre forme de prison une fois revenue au pays: celle de l'exclusion sociale, qui fait des ravages ces derniers temps, et dont plus personne n'est à l'abri).Après Clothilde Reiss en Iran, une enseignante de français recrutée dans une université palestinienne vient à son tour de subir de plein fouet les errements et abus de pouvoir d'un pays en proie à une crise interne grave et ne sachant plus que faire des étrangers présent sur son sol,témoins potentiels des exactions commises quotidiennement contre des civils innocents.En Israël, pays heureusement plus démocratique et respectueux des Droits de l'Homme que l'Iran (encore que ce respect soit tout de même à géographie variable, le degré de respects des Droits dépendant largement des origines ethnico-religieuses des Hommes....), il ne fait décidemment pas bon avoir la moindre vélléité d'activité avec et/ou pour les citoyens palestiniens :après les non renouvellement de visas de membres d'ONG, ce sont aujourd'hui des enseignants que l'on importune pour avoir simplement essayé d'exercer leur métier de passeurs de cultures sans frontières dans des Territoires dont l'isolement progressif s'accentue ainsi de jours en jours....

De fait, cette volonté d'isolement est telle, aujourd'hui, que le simple fait d'aller "là-bas"relève déjà d'un acte de résistance passive au côté des Palestiniens. Ce qui fait de chaque citoyen étranger manifestant le désir d'aller de l"autre côté", un suspect aux yeux des Israëliens.Pour bien comprendre le casse-tête auquel s'expose toute personne souhaitant se rendre dans les Territoires Palestiniens afin de constater les choses par elle même, ou tout simplement rendre visite à des proches, il faut tout d'abord savoir qu'il est impossible d'y aller sans passer par le filtrage des autorités israëliennes. Ce qui peut paraître logique quand on arrive en avion par Tel-Aviv, mais l'est déjà beaucoup moins quand on passe la frontière terrestre en arrivant de Jordanie.De Amman à Ramallah, à aucun moment la route ne traverse le moindre bout de territoire appartenant à l'Etat israëlien: si ce n'est cette frontière dite "du pont Allenby" ou "pont du roi Hussein", d'ailleurs non reconnue officiellement par la Jordanie, et sur laquelle les Israëliens ont pris abusivement position. Pourquoi, lorsqu'un voyageur veut se rendre uniquement dans les Territoires dit "autonomes", (le sont-ils encore? Quelle farce que cette appellation !) doit-il se soumettre aux questions des autorités israëliennes et voir son passeport affublé d'un visa d'entrée pour un pays où il n'a pas l'intention d'aller? Si, pour venir dans les Territoires en simple visiteur ou comme voyageur solidaire il faut déjà s'armer de beaucoup de patience, s'y rendre pour des raisons professionnelles relève de plus en plus de la mission impossible. (Plus encore s'il s'agit d'un long séjour, car il faudrait demander un visa de travail au ministère israëlien... qui on s'en doute, sera "ravi" de délivrer des autorisations de séjour dans ces Territoires où chaque étranger peut être un témoin génant de leur politique d'apartheid. Adresser une demande de visa à un ministère israëlien pour travailler dans les Territoires Palestiniens? Démarche aussi kafkaïenne qu'inutile, puisque vouée d'entrée à l'échec.)C'est ce que notre enseignante de français aura appris à ses dépends lors de ses deux tentatives de passage de frontière (l'une, par le Pont Allenby, réussie mais après 10 heures d'attente sans explications; l'autre, éprouvante, à Tel Aviv, où elle aura encore perdu 10 heures de sa vie à attendre, cette fois pour rien, perdant ainsi son emploi ). Car déclarer honnêtement (et naïvement ) son activité dans les Territoires Palestiniens, c'est se rendre automatiquement suspect de liens avec des terroristes, et donc s'exposer à une longue journée d'attente pour vérifications entre-coupées d'interrogatoires absurdes ou musclés, (selon la personne que vous avez en face de vous), au terme de laquelle votre visa d'entrée vous sera très probablement refusé.Quant à mentir sur les véritables raisons de sa venue en Israël dans l'espoir de s'éviter un long et épuisant bras de fer avec les "inquisiteurs" du Mossad, comme ils finissent tôt ou tard par tout savoir (selon des méthodes de pression et d'investigation qu'aucun voyageur ou travailleur ordinaire ne s'attend à devoir subir), cela équivaut tout bonnement à signer son propre arrêt d'expulsion, et s'attirer dans la foulée, une batterie de mesures d'intimidation qui pourraient être risibles si certaines d'entre elles n'étaient pas si humiliantes. Des plus banales (se voir confisquer son passeport et devoir attendre des heures sans explications, voir ses bagages fouillés de fond en comble...) aux plus révoltantes (fouille au corps, "épluchage" des répertoires de téléphones portables et de boîte mail, enfermement dans une cellule d'un centre de rétention pour immigrés illégaux, escorte policière dans l'aéroport de transit et jusqu'à l'arrivée en France....), aucune n'est innocente, et toutes répondent à un seul et même objectif: marquer profondément l'esprit de la personne visée afin de la guérir à tout jamais de la moindre envie de recommencer... au risque de lui donner aussi l'envie d'en découdre ("qui sème le vent ......" ); car il est des limites au delà desquelles un individu conscient de ses erreurs et prêts à les assumer ne peut plus tout accepter sans rien dénoncer.

A trop forcer sur les mesures punitives, le décalage entre la faute commise (mentir pour essayer de sauver son job est-il un crime portant gravement atteinte à la sécurité de l'Etat? ) et la  sanction (une expulsion assortie d'une interdiction de séjour de 5 ans, avec photos, prise d'empreintes et flicage jusque sur le tarmac français...) finit par être trop grand pour ne pas trahir ce qu'il prétendait occulter: loin d'être un banal refoulement de travailleuse illégale ou de touriste naïve soupçonnée de sympathies avec de séduisants terroristes, cet incident ne doit pas être interprété comme autre chose que ce qu'il est :un signe flagrant, parmi tant d'autres, (pour qui sait et veut voir...) d'une inquiètante accélération de la politique d'isolement des Palestiniens de Cisjordanie par le gouvernement israëlien actuel.. Et il devient manifeste que cette politique passe aujourd'hui par une volonté d'intimidation des étrangers qui s'opposent pacifiquement à cette situation, ou qui essaient simplement d'exercer leur métier, comme tout les étrangers présents dans les Territoires Palestiniens le font avec beaucoup de patience et de courage. L'expulsion d'une enseignante française n'est malheureusement qu'un exemple supplémentaire de ces tentatives d'intimidation: les médias français sont restés curieusement très discrets, mais il y en a eu récemment de bien plus graves à l'encontre d'autres ressortissants français, et qui plus est membres du corps diplomatique... de la part d'un Etat qui feint d'ignorer les accords de Genève, piètine allégrement les Droits de l'Homme, et dont les soldats ne respectent même plus l'immunité diplomatique, il y a fort à craindre qu'il n'y ait plus grand chose à espèrer, et même plutôt tout à redouter....

En attendant, et dans le silence complice des médias (qui n'évoquent que les aspects les plus"spectaculaires" des problèmes, et encore...), l'étau se resserre lentement mais sûrement autour des Palestiniens de Cisjordanie. Aujourd'hui, des enseignants se font virer comme de vulgaires criminels; qui nous dit que demain, ce ne sera pas le tour des membres d'associations à vocation artistiques, culturelles et éducatives... jusqu'à ce que les humanitaires et les journalistes soient à leur tour empêchés d'entrer dans les Territoires pour y faire leur travail de témoins et d'empêcheurs de massacrer en silence?Allons-nous demain laisser se reproduire en Cisjordanie ce qu'il s'est passé hier à Gaza?Comme Gaza, la Cisjordanie se transforme peu à peu en une immense prison à ciel ouvert dont les murs se rapprochent chaque jour un peu plus. Les étrangers qui choisissent de travailler "de l'autre côté" représentent autant de bras pour repousser les machoires de béton et de haine qui se referment sur les Palestiniens. Une enseignante de l'université de Ramallah refoulée, c'est un témoin et une force de résistance à l'isolement en moins; sa nuit en taule, la punition pour avoir voulu se faufiler dans les brèches de la "grande prison". Et ce n'est rien, évidemment, comparé à ce  que les Palestiniens doivent subir au quotidien. (Il suffit de passer une journée à la frontière du"pont Allenby" pour s'en faire une idée... et s'étonner, comme tous les étrangers témoins du traitement dégradant qui leur est infligé, de leur immense patience, et du nombre relativement restreint d'attentats suicides comparé aux efforts déployés par les Israëliens pour leur rendre la vie impossible).

C'est pourquoi, bien qu'il soit minime en comparaison des autres, je répugne à laisser sans suite l'abus de pouvoir dont je viens d'être victime (l'enseignante expulsée étant l'auteur de ces lignes),que d'autres ont sans doute déjà subit, et que d'autres encore subiront après moi. Nous réduire au silence par la brutalité morale de procédures à la limite de la légalité, c'est précisément l'objectif des sanctions que nous autres, citoyens du monde, nous voyons infligés pour avoir simplement refusé de nous taire et de laisser faire. Ne nous abaissons pas à devenir complice de la politique d'isolement des Palestiniens en rentrant sagement dans nos pays alors qu'à travers nous, c'est un peuple entier qui reçoit une punition collective que rien ne saurait justifier.Si le réalisme m'a poussé à faire mon deuil du travail passionnant que je m'apprétais à faire à l'université de Ramallah (la rentrée universitaire s'est faite sans moi, et il faut espérer qu'ils trouveront à me remplacer car je dois maintenant me préoccuper de ma survie en France), la seule idée de devoir attendre 5 longues années avant de pouvoir retourner en Palestine m'est tout simplement insupportable.Au consulat de Jérusalem (où j'avais justement rendez-vous le lendemain de mon arrivée afin qu'on m'explique une fois pour toute comment faire pour travailler dans les Territoires Palestiniens sans risquer de perdre mon poste à chaque retour de vacances...), j'ai envoyé quelques jours plus tard un courrier expliquant ma situation et leur demandant de me donner les informations qui pourraient me permettre de faire au moins annuler mon interdiction de séjour...3 semaines plus tard, j'attends toujours la réponse.....Je crains fort de n'avoir à compter que sur moi même... et sur les âmes compatissantes qui voudront bien éclairer ma lanterne.J'appelle donc toutes les personnes ayant eu la patience de lire ce texte jusqu'au bout, à le diffuser au maximum autour d'elles. Tout d'abord parce qu'il faut que cela se sache, que toute les personnes susceptibles de venir en Israël sachent de quoi sont capables les services de sécurité de ce pays, même quand on y vient vraiment en simple touriste ( et j'en ai vu, des gens, de toutes origines, de toute confession- même juive ! - de tout passeport -même israëlien !- des familles innofensives-même américano-israëliennes !- commencer leur séjour par les mêmes tracasseries perverses que moi ), même quand on y vient avec les meilleures intentions du monde. (Il est vrai que l'Enfer est pavé de bonnes intentions...)

Ensuite parce que, si parmi ces lecteurs, il s'en trouve qui ont vécu le même type de cauchemar, et qui savent comment faire pour ne pas laisser sans suite ce genre de refoulement aussi abusif qu'infâmant, et/ou comment faire annuler une interdiction de de séjour... leur expérience m'est précieuse....ils peuvent m'envoyer leurs infos et conseils à l'adresse suivante:yakhalas@gmail.comElodie"ya khalas", c'est une sorte de version arabe du "ya basta !" hispanique, (prononcer le «kh» comme la «jota»espagnole) parce que ça suffit, qu'on en peut plus de toutes ces injustices commises quotidiennement en toute impunité contre le peuple palestinien, subissant sous nos yeux, aujourd'hui, un mélange innommable de purification ethnique et d'apartheid (avant qu'ils ne finissent comme les Indiens d'Amériques dans leurs misérables réserves?) parce qu'il serait temps d'en finir avec la culpabilité des crimes commis au siècle dernier contre les juifs et qui nous bouchent les yeux et nous empêchent de dénoncer ceux qui se commettent aujourd'hui au nom d'une prétendue sécurité précisément minée par leur propre soin, parce que l'injustice est mère de toute les violences, parce que "Paix" ne pourra jamais rimer avec "impunité".




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