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Petit précis de l'islamophobie ordinaire, entretien avec Nadia HENNI-MOULAI


Rédigé le Samedi 9 Mars 2013 à 14:51 | Lu 1309 fois |


Au fil d’anecdotes bien réelles, qui font parfois froid dans le dos, Nadia Henni-Moulaï nous livre ici un ouvrage plein d'humour et de légèreté sur un sujet d'actualité ; un sujet pourtant difficile à aborder sans tomber dans la dramatisation ou la victimisation : celui de l'islamophobie. A travers cette série de petites nouvelles, l'auteur nous fait découvrir comment ce terme se traduit concrètement dans le quotidien de citoyens français de confession musulmane, des citoyens ordinaires.



Petit précis de l'islamophobie ordinaire, entretien avec Nadia HENNI-MOULAI
Nadia, pourriez-vous présentez en quelques mots à vos futurs lecteurs, votre parcours jusqu'à aujourd'hui ?

Je suis journaliste free-lance. J'ai collaboré avec différents supports comme le Bondy Blog, Yahoo, Salam news ou Le Courrier de l'atlas. A côté de cela, j'ai commencé à écrire des nouvelles en 2011. Avant le Petit précis de l'islamophobie ordinaire, j'ai publié un recueil reprenant des anecdotes de la guerre d'Algérie. Avec ce premier travail, je m'inscrivais résolument dans un devoir de mémoire par rapport à une Histoire à laquelle j'étais intimement liée. J'ai aussi fondé le Melting Book, un site qui met en lumière les personnes qui font bouger les lignes si figées de notre pays!

Qu'est ce qui a motivé ce projet d'écriture sur l'islamophobie, votre vécu personnel, un constat général ?

Ce projet est né lorsque l'une de mes amies m'a raconté une anecdote, qui a d'ailleurs inspiré le premier texte. C'était tellement grotesque que j'en ai ri en me disant qu'il fallait raconter ces histoires. L'inculture et la médiocrité sont tellement courants lorsque l'on parle d'Islam que je trouvais nécessaire d'en parler. L'idée de mon livre est vraiment de renvoyer à la face des "islamologues de comptoir" leur ignorance.

Dans votre ouvrage vous retracez l'expérience de jeunes et moins jeunes musulmans de France confrontés aux remarques parfois désobligeantes de non-musulmans. Peut-on réellement dire qu'il s'agit d'islamophobie ? Ne doit-on pas parler d'ignorance et dans certains cas tout simplement de bêtises ?

Oui tout à fait et je tiens à le répéter. Toutes les nouvelles ne relèvent pas d'islamophobie. J'ai utilisé ce terme pour le titre surtout pour interpeller. En revanche, la somme de ces "remarques désobligeantes", vexantes ou agaçantes favorisent à mettre en place un climat délétère où l'Islam est au "ban des accusés." Je pense que l'islamophobie renvoie davantage à un processus et c'est ce qui est le plus inquiétant. On assiste à la banalisation du racisme anti-musulman.



Quelles différences avec le racisme "ordinaire" que connaissent les populations immigrées en France depuis les années 60 ? Les situations décrites dans ces scènes se déroulent au travail, dans les transports en commun, à la banque...des personnes immigrées non musulmanes ont probablement connu elles-aussi ces situations, pourquoi déplacer le débat du racisme sur celui de la peur de l'Islam?

Je pense vraiment que la question de l'Islam l'a emporté sur la question ethnique. Pour être clair, aujourd'hui en France les populations les plus exposées à la xénophobie sont les musulmans. Il y a un vrai rejet de l'Islam en France. Attention, je ne dis pas que tous les Français sont racistes mais la 2e religion a été instrumentalisée ces dernières années par ce que j'appelle les "faiseurs d'opinion" à savoir les médias mainstream et les politiques. Autre facteur d'explication, l'Islam est visible. Cette nouvelle visibilité de l'islam fait peur, interpelle et dérange, notamment parce que ces musulmans sont Français. Ils incarnent cette France en mouvement que beaucoup refusent de voir.

Revenons à votre ouvrage, face à cette islamophobie du quotidien, vous décrivez souvent des musulmans sereins, et répondant calmement aux provocations dont ils sont victimes. Pensez-vous que cela reflète vraiment la réalité ? Ne craignez-vous pas au contraire qu'à force de parler de peur des musulmans ou de l'Islam, on assiste à une crispation identitaire qui pourrait déraper ?

Je pense qu'il faut en parler. C'est essentiel. En revanche, asséner les problèmes sans apporter de solution est à mon sens contre-productif. Aux musulmans de France de travailler pour faire avancer les choses.Je note toute de même, et pour avoir travaillé sur le sujet en tant que journaliste, qu'il y a une distorsion entre l'Islam décrit par les médias et celui du terrain. Partout en France, il y a des associations, par exemple, oeuvrant pour le dialogue inter-culturel.

A la fin de votre livre, vous faites références à un certain nombre d'ouvrages traitant de l'Islam, et revenez également sur quelques définitions de termes galvaudés dans les médias...Selon vous quelles sont les pistes qui pourraient apaiser les tensions?

Je ne me leurre pas. La France est en proie à un racisme structurel concernant l'Islam. Mais si le travail est colossal, il reste faisable. Je pense aussi que les musulmans de France doivent mieux s'organiser, se structurer au niveau cultuel et culturel. Sinon comment être pris au sérieux?

Quelles sont les suites que vous envisagez à cet ouvrage ?

Pour ma part, je réfléchis à un tome 2 du Petit précis mais sous une forme un peu différente. J'envisage aussi de mener un travail vers les médias sur la question de l'Islam de France.


Je dirige le site Elkalam.com depuis 2005. Soucieux de croiser les regards sur le monde musulman,... En savoir plus sur cet auteur