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Pour un vrai développement durable


Rédigé le Mardi 27 Mars 2007 à 16:21 | Lu 3164 fois |


Le monde dans lequel nous vivons est rempli d’injustice sociale et de contradictions qui mettent en cause le modèle socio-économique adopté et les politiques en place. Chaque projet doit avoir une dimension humaine pour qu’il puisse réussir sur la longue durée. La notion d’utilité temporaire ou de plaisir temporaire est le moteur du modèle actuel qui fait de nous des consommateurs dépourvus de raison et de sagesse.



Le monde dans lequel nous vivons est rempli d’injustice sociale et de contradictions qui mettent en cause le modèle socio-économique adopté et les politiques en place. Chaque projet doit avoir une dimension humaine pour qu’il puisse réussir sur la longue durée. La notion d’utilité temporaire ou de plaisir temporaire est le moteur du modèle actuel qui fait de nous des consommateurs dépourvus de raison et de sagesse. L’industrialisation à outrance, la soif du profit, le « time to market » qui oblige les décideurs à accélérer les cadences pour rester à la hauteur de la concurrence toujours rude et impitoyable, la modélisation des risques (risques du crédit, du marché et des process) pour mieux les anticiper , l’automatisation des procédures, la qualité et la normalisation pour répondre aux besoins de l’internationalisation, la veille technique et technologique…Tous cela est beau mais tous cela a un seul but : le profit.

L’humain qui est à l’origine de tout cela, qui est à la fois l’ouvrier, le producteur, le client et le consommateur : se trouve exclu, aussi bizarre que cela puisse paraître, de la réalisation effective du confort à laquelle son management aspire. Son pseudo bonheur est loin derrière lui, car finalement il amasse une richesse qu’il n’utilisera pas, il consomme son temps et son énergie dans un travail qui ne finira pas, mais qui le consume jusqu’à sa retraite ou son destin fatal (sans pouvoir profiter de la vie ou avoir un jour la paix intérieure).
Le pire dans tout cela est que dans ce processus global, l’être humain contribue parfois à sa destruction à petit feu. Il utilise toujours les énergies polluantes sans une vision du long terme. Il invente les machines de guerre les plus destructrices et les armes chimiques et bactériologiques pour accélérer son déclin… Il mange des produits transformés sans mesurer les conséquences à long terme ou sur sa progéniture. Il utilise avec fierté les nouvelles technologies de communication et de transport sans une conscience de ce que cela peut générer à très long terme.

Dans l’approche du modèle socio-économique actuel aucune étude et aucune mesure n’existe pour prévenir et anticiper les risques sur l’Humain et son environnement (la nature) à long et très long terme. Aucune étude n’a été mené pour mesurer le ratio : confort/risque à long terme ou encore le ratio : capitale santé/degré d’industrialisation ou encore le ratio : environnement/croissance économique sur le long terme et la capacité de cette terre à supporter les excès de l’homme. Les industriels et les chefs d’entreprises ne pourront pas maitriser ou au moins estimer les risques à long terme sur l’humain et son environnement naturel, car ils sont inéluctablement les esclaves du marcher et du profit. C’est là leur survie à court et à moyen terme. Mais le long terme alors, qui a pensé aux générations futures ?! Leur faut –il encore plus de confort ? Est-ce réalisable encore ? Est-ce que cette terre supportera encore pour longtemps des habitants qui la malmènent (par les péchés et par cette industrialisation aveugle) ? Est-ce que nous sommes vraiment heureux ? Comment avoir un bonheur sans faille et un plaisir sans regret ?
Pour le soufisme cœur de l’Islam, la solution réside dans la capacité de l’être humain à utiliser ses moyens internes que Dieu a déposé en lui pour voir plus claire et pour prendre la voie du juste milieu et le recul nécessaire vis-à-vis de ce bas monde. Ce bas monde justement est sa passerelle vers l’au-delà. Le corps de l’être humain, son esprit ainsi que son environnement sont selon le Coran le dépôt sacré (Al-Amâna) que Dieu lui a confié. Il doit veiller scrupuleusement sur ces éléments pour ne pas avoir à être juger par le Roi des rois au jour du jugement dernier : « le jour où ni les biens ni les enfants ne seront d’aucun secours ou utilité sauf celui qui vient à Dieu avec un cœur sain ». Chacun est responsable devant Dieu de préserver son corps son esprit, son bien ainsi que ceux des autres, en utilisant son corps et son esprit dans l’obéissance du Seigneur, en respectant la vie et la nature et en aimant son prochain. Selon les paroles du Coran : « Entraidez vous pour l’accomplissement des bonnes choses et de la piété » « Nous vous avons créé de mâle et de femelle, et nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entre-connaissiez »…. Donc le but de la création est de réaliser les meilleurs choses pour le bien réel de l’humanité, s’aider (pour cela) , échanger et se connaître (pour s’aimer ). Celui qui aura utilisé ses capacités et ses compétences pour son bien et le bien de son prochain et qui aura eu l’intelligence et la clairvoyance de penser au long terme, celui là sera sauvé et sera le bienvenu dans la demeure éternelle : le paradis de Dieu dans ce monde et dans l’autre.

Le paradis de Dieu dans ce monde, est Sa satisfaction (Ar-ridâ) du peu que Dieu lui a octroyé et le bonheur de la présence de Dieu dans son cœur (le paradis de la gnose : Jannat al-ma‘ârif). Le paradis de Dieu dans l’autre monde (le monde eternel) est constitué de toutes les belles choses que l’homme ne peut même pas imaginer pour son plaisir et son confort(Jannat Al-zzakhârif), ce qui est plus important, plus beau et sublime dans ce paradis est la vision directe de Dieu (exalté soit –il), accordée à ceux qui ont eu l’intelligence et la sagesse de cultiver leur jardin (le bas monde) par les bonnes actions et le bon comportement et qui œuvraient pour le long terme sans égoïsme ou ostentation.
Les deux grands ennemis (qui empêchent le bonheur et le développement durable) de l’homme selon le soufisme sont : l’âme charnelle et le Diable : les armes de ces deux ennemis invisibles sont : l’amour de ce bas monde (ou encore l’amour du pouvoir) et la précipitation…

La règle d’or dans le soufisme est : penser long terme : en pardonnant, en œuvrant pour la paix, en aimant son prochain, en respectant la vie et la nature (car ce sont les dépôts sacré de Dieu)…Pour cela les soufis ont des moyens :

Les deux ailes du soufi pour parvenir à Son seigneur (ou vers le vrai bonheur du cœur) sont : l’invocation abondante du seigneur (Dhikr) et la compagnie du maître vivant réalisé qui assure son éducation et l’assiste dans son cheminement. La clef du développement durable est sans doute la paix durable : la paix durable passe d’abord par la paix intérieure (avec soi même) : « As-sakîna). Cette paix ne peut être obtenue qu’à travers l’invocation abondante du seigneur : le Dhikr et la compagnie des gens du Dhikr. Ces deux moyens permettent « la purification du cœur » : ce cœur qui est le centre de tout et le roi des membres. Le soufi est celui qui a purifié (safâ) son cœur des attaches, et qui atteint ainsi le vrai bonheur et le vrai plaisir d’être avec Dieu partout et en toute situation, sans personne d’autre avec lui (c’est là le bonheur eternel cité précédemment). Il vole ainsi dans le libre espace de Sa contemplation (notion de liberté dans le soufisme) et ne voit que Dieu en toute chose et dans toute situation (c’est là la station de la certitude (Yaqîn)). Il perçoit en toute chose une manifestation et un signe de son Seigneur qui lui délivre un message et l’encourage à continuer car le chemin est encore long… Le bout du chemin dans ce bas monde est le dépassement des penchants bestiaux de l’âme charnelle et l’effacement de la créature pour que ni les insufflations du diable ni les passions de l’âme et ses désirs ne trouvent de place dans le cœur ou ne le dirigent : il n’y aura que Dieu vérité dans le cœur : « Dieu n’a pas mis dans la poitrine d’un être humain deux cœurs » (selon le Coran), si le cœur s’attache à Lui, il se détache de tout autre que Lui et vis versa . Le vrai bonheur est atteint alors : car ce que Dieu peut donner au serviteur qui se satisfait de Lui n’est égalé par aucun bonheur et aucun autre plaisir éphémère de ce monde. C’est le sens du verset : « Celui ou celle qui a cru et qui agit en bien nous leur ferons vivre une bonne (et belle) vie dans ce monde, et nous leur donnerons récompense dans l’au-delà du meilleur de leurs actions »

Croire et agir dans le bien n’est pas une gymnastique ou des gestes sans esprits ou encore un habit qu’on met dans les occasions, c’est d’abord une intention pure pour Son seigneur, une sincérité continue et un sentiment de bonheur lorsqu’on est entre ses Mains (dans l’adoration ou le culte effectué) : comme l’a dit notre bien aimé Prophète (paix et salut sur lui) dans le sahîh Al-Bukhârî : « Dieu ne se fatigue pas de vous (en cessant de vous récompenser) que lorsque vous vous fatiguez (vous éprouvez du dégoût dans votre adoration »…. L’adoration ne doit pas se transformer en monotonie mais elle doit être faite avec un cœur vivant et présent avec le Seigneur… L’adoration ne doit pas non plus se transformer en une nourriture de l’ego : le prophète (paix et salut sur lui) dit : « celui qui se satisfait (autosatisfaction) (U‘jiba) de ses actes, ses actes seront vaines »… Pour éviter tout cela un seul remède : l’éducation spirituelle.

Il faut signaler enfin que le soufi n’est pas un irresponsable ou un « ravi » ou encore une espèce de « baba coule », au contraire l’éducation spirituelle lui donne l’équilibre et la sagesse dans ses actes et ses raisonnements. Il assume son rôle dans cette vie, travaille pour subvenir à ses besoins, excelle dans tout ce qu’il fait : en ayant toujours une intention pure qui est la face de son Seigneur. La seul distinction est qu’il fait ce qu’il fait en étant détaché de tout ce qui n’est pas Dieu et orienté par son cœur vers son Seigneur. Il ne se lasse pas (et ne pert pas son temps et son énergie) par les pensées futiles, les regrets ou les calculs inutiles. C’est le sens du verset : « Pour que vous ne soyez pas chagriné de ce qui est derrière vous, et que vous ne soyez pas fiers (satisfait et trop heureux) de ce qu’Il vous a donné » Cela ne l’empêche pas de planifier en comptant uniquement sur son seigneur (pour l’aboutissement de ses plans) et en étant satisfait du destin qui lui a été réservé de part la science ancienne de Dieu. Les soufis disent : « le corps est à l’usine, mais le cœur est chez son seigneur », ou encore : « l’argent habite la poche et Dieu seul habite le cœur »…

Pour un développement durable et une vraie civilisation qui prend en compte et en considération l’Humain, pour une civilisation riche et éternelle : la solution est : la spiritualité, le travail sur soi pour assurer l’équilibre de l’esprit et du corps en se basant sur la révélation qui est la garante de notre salut et notre vrai bonheur dans les deux mondes et qui nous évitera la perte du temps précieux dans les mauvaises théories ou les modèles humains défaillants…