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Sommet Euromed de Barcelone : une occasion manquée de dialogue et de rapprochement


Rédigé le Jeudi 1 Décembre 2005 à 09:33 | Lu 1200 fois |


Les 35 Représentants des Etats de l’Euromed se sont réunis à Barcelone les 27 et 28 Novembre dernier, pour commémorer l’anniversaire de la Conférence de Barcelone, qui s’était tenue il y a dix ans dans la même ville.
C’était l’occasion, vu les maigres résultats obtenus par le Partenariat entre les 25 Etats du Nord de la Méditerranée et les 10 Etats du Sud, d’opérer une relance des 3 volets : politique et sécurité, économique et financier, social culturel et humain.



On peut tout d’abord s’interroger sur le manque d’intérêt, au plus haut niveau, des Etats du Sud. Hormis le premier ministre turc et le Président de l’Autorité palestinienne, aucun Chef d’Etat du bassin méditerranéen n’a daigné participer à ce sommet. Les pays du Sud reprochent souvent à l’Union Européenne de s’intéresser plus à l’Est qu’au Sud. Le Sommet de Barcelone était justement l’occasion pour les pays Arabes de peser de tout leur poids, d’autant qu’étaient présents les grands leaders européens : Jaques CHIRAC, Tony BLAIR, José Luis ZAPATERO et Angela MERKEL, la nouvelle Chancelière d’Allemagne. Cette absence est tout à fait symptomatique du désaccord profond qui règne entre les deux rives de la Grande Bleue sur la manière de mener une politique de coopération.

La Démocratie, “bébé” du développement économique ?

Tout d’abord l’Europe entend se servir de cet outil pour donner des leçons de démocratie à ses voisins du Sud. Même si l’idée est louable, ces derniers ne semblent pas tout à fait d’accord à ce que les aides soient conditionnées de cette manière. Comme le précisait, le ministre Algérien Belkhadem :
“Nous trouvons humiliant que les Européens nous demandent des réformes en échange de quelques euros. Qu’ils gardent leurs euros car nous voulons des réformes dans un cadre de souveraineté”. Le chantage qui consiste à coupler l’attribution des trois milliards d’euros annuels d’aides financières à un meilleur comportement politique de la part des bénéficiaires, témoigne d’un certain manque de tact. Si les relations commerciales se limitent seulement à renforcer les avant-postes de la forteresse Europe en Afrique du Nord, cela entache la réputation de tous les participants à ce processus. L’Europe devrait cesser d’agiter son carnet de chèques pour se faire entendre.
La volonté de l’Europe était de permettre un développement économique régional aboutissant en toute théorie à une démocratisation des régimes des pays Arabes Dix ans après le début du processus de Barcelone, faute est de constater que très peu de progrès ont été fait dans ce domaine. L’idée selon laquelle le développement économique serait le “bébé ”de la démocratie est mise à mal. L’exemple tunisien est criant de vérité à cet égard : elle a été le premier pays signataire de l’accord d’association de la région. “Et pourtant, malgré un taux de croissance important et le développement de libertés pour les femmes depuis des dizaines d’années, la Tunisie aujourd’hui régresse dans le respect de ces droits fondamentaux. Depuis 1987, aucune nouvelle association n’a été créée en Tunisie ; le gouvernement bloque certains fonds mettant en péril la société civile tunisienne. ”[1]


Un effort économique inefficace

Si le bilan politique est maigre c’est peut-être parce que l’écart de développement entre les deux rives de la méditerranée ne cesse de s’accroître malgré les quelque 20 milliards d'euros accordés par l'Union, depuis 1995, à des projets qui vont de l'éducation à l'assainissement des eaux usées en passant par le soutien à l'économie palestinienne. De un à quatre en 1995, l'écart de niveau de vie entre les deux rives s'est creusé de un à cinq. Pour mesurer encore mieux l'ampleur de cet écart, faut-il rappeler que le revenu moyen annuel par habitant des pays sud-méditerranéens (Turquie et Israël exclus) ne représentait en 2002 que 15,7% du revenu moyen annuel par habitant de l’UE/15 à la même date. Cela constitue, de loin, le plus grand écart de richesse entre une région de la Triade (Etats-Uris d'Amérique, UE, Japon) avec sa périphérie. Selon le réseau Femise, réseau qui regroupe plus de 80 instituts économiques indépendants , «un changement d'échelle du partenariat est indispensable» pour sortir la région de son sous-développement et de l'explosion du chômage qui s'y profile avec l'arrivée de «35 millions de nouveaux actifs» d'ici à 2020. Les pays du Sud craignent ainsi de pâtir du processus d’élargissement de l’Union vers l’Est. Dans la bagarre budgétaire qui fait rage entre les Vingt-Cinq pour limiter les dépenses 2007-2013, le Sud risque de ne pas peser lourd face aux nouveaux candidats, comme la Turquie, et aux pays limitrophes de l'UE, comme l'Ukraine ou la Géorgie, auxquels sont maintenant promis des fonds dans le cadre de la nouvelle «politique européenne de voisinage».[2]


Accord à minima sur le terrorisme


Le sommet a achoppé sur une référence au rejet du terrorisme «quelles que soient ses causes», une mention que les pays arabes voulaient nuancer pour légitimer la résistance armée à un occupant. Selon une source européenne, seul Israël a fait obstacle à la déclaration commune, en rejetant la demande d'«un règlement juste, global et durable, cohérent avec la feuille de route» et «fondé sur les résolutions 242, 338 et 1397 du Conseil de sécurité des Nations unies» appelant au retrait israélien. Dans le code de conduite, les 35 signataires affirment que "le terrorisme ne peut jamais être justifié" et ils expriment leur "condamnation totale du terrorisme dans toutes ses formes et manifestations sans aucune distinction". Cette condamnation claire n'a pas été obtenue sans mal : plusieurs pays arabes ont tenté, au cours de la négociation du texte, d'obtenir, en référence à la situation des Palestiniens, mention du droit à la résistance en cas d'occupation de même qu'à l'autodétermination, avant de renoncer à ces exigences. Malgré son adoption, ce “code de conduite commun » bien vague pour lutter contre le terrorisme, dissimule mal les nombreuses divisions existant entre les deux rives de la Grande Bleue. Elle démontre également l’incapacité de l’Europe au niveau international à se manifester comme un interlocuteur crédible non seulement pour mener à bien les négociation Israélo-palestiniennes, mais aussi pour garantir la paix et la sécurité dans la région.




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