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Terrorisme : L'algérie oubliée ?


Rédigé le Jeudi 1 Septembre 2005 à 09:25 | Lu 3872 fois |


A l'heure où les regards se tournent vers Londres, le Caire, Jakarta ou New York, il semble étonnant que les médias oublient de revenir sur une tragédie qui n'a jamais dis son nom .



Terrorisme : L'algérie oubliée ?
A l'heure où les regards se tournent vers Londres, le Caire, Jakarta ou New York, il semble étonnant que les médias oublient de revenir sur une tragédie qui n'a jamais dis son nom ; une tragédie dans laquelle nous pouvons pourtant trouver les germes et les prémices de ce qui frappent le monde actuellement. Au delà des aspects de politique intérieure qui ont participé à l'éclosion du terrorisme algérien, bon nombre de spécialistes s'accordent à dire que les facteurs exogenes qui sont venus s'y greffer portaient déjà en leur sein de nombreuses similitudes avec les attaques récemment perpétrées.
Retour sur 10 années d'une tragédie maintenant complétement occultées dans l'analyse que font les médias de la situation présente.

Le début des années 90 : la route du Jihad de l’Afghanistan à l’Algérie :


L’année 1992 est une année importante à de multiples égards. Tout d’abord la chute du pouvoir communiste à Kaboul mis fin officiellement à la guerre que menait les afghans depuis prés de 15 ans. Bien qu’à cette guerre en succéda une autre, de nombreux Jihadistes algériens décidèrent qu’ils avaient faire leur devoir en aidant leurs frères afghans et qu’il était de temps de rentrer au pays. D’autant que ce pays connaissait depuis janvier une grave crise avec l’interruption du processus électoral. De là vient le point de départ d'une volonté des groupes islamistes de reproduire, intra muros, les conditions d'une seconde guerre d'Afghanistan. Dès lors, tous les efforts des groupes issus de l'Afghanistan étaient de renforcer les noyaux durs du GIA et de mener une guerre totale, implacable et déterminée contre toutes les franges de la société algérienne. Ces anciens d'Afghanistan formés dans les milices afghanes ont rallié l'Algérie, aidés par des filières internationales, via la Bosnie, l'Italie, la France, le Maroc ou le Soudan. Par milliers les Afghans (comme on les appelait à l ‘époque) franchirent les frontières algériennes pour poursuivre le combat contre le régime des militaires et tous ceux qui s’opposeraient à l’instauration d’un état théocratique

La structure autour de laquelle se mirent à graviter ces hommes n’était pas le FIS, trop politisé mais bien le GIA. Cette organisation a été créée en 1989 à Peshawar au Pakistan. C’est dans la maison des moudjahiddins que le noyau dur des Afghan Algériens se créa. Il existe d’ailleurs de très nombreuses similitudes entre ce mouvement et le Hizb Islami de Gulbuddin Hekmatyar (l’analyse des premiers sceaux du GIA montre par exemple qu’ils sont strictement similaires à ce dernier[1])

Parallèlement à la mise en place des maquis en Algérie, un véritable réseau de soutien international se construit. Des moyens matériels exceptionnels dont des quantités importantes d'armes et d'argent collecté en Europe arrivaient des principales capitales européennes. Londres, Paris, Berlin, Rome, Madrid, Genève ou Bruxelles abritaient plus de 5000 activistes qui constituaient l'ossature des réseaux terroristes algériens à l'étranger. Dans les années 90 ce n’était pas l’Irak qui servait d’exemple mais bel et bien l’Algérie. Londres était la principale base d’appui d’où était emis les bulletins d’Al Ansar, organe du GIA et où on hésitait pas à diffuser, dans les principales mosquées, les films amateurs des attaques menés contre les convois militaires algériens.
Pendant toute cette période, l’Algérie s’est retrouvée complétement isolée face à ce terrorisme de grande échelle qui frappait aussi bien les campagnes que les principales villes. Raids contre les villages hostiles, attentats à la bombe à Alger et même kamikazes contre les commissariats. La communauté internationale, bien que compatissante, laissa l’Algérie s’enfoncer lentement et se garda bien de se mêler de ce drame sous pretexte de ne non-ingérence dans les affaires internes de ce pays. Cela alors même que les ramifications internationales des groupes algériens étaient flagrantes

Le rapprochement avec El Qaida

«Si le FIS a battu en retraite en Algérie, à l'image de la Jamaâ Islamia en Egypte, c'est parce que la guerre sainte n'a pas été bien préparée. Il faut tirer les leçons et refaire les choses avec une organisation minutieuse.» Lorsque Ben Laden avait fait cette déclaration en janvier 1999 aux chaînes de télévision américaine ABC et CBS ainsi qu'aux hebdomadaires Times et News Week, personne n'aurait pensé que ce même Ben Laden était quelques mois auparavant, en mai 1998, à l'origine de la création du GSPC (Groupemenent Salafiste pour la Prédication et le Combat). Il faut le rappeler qu'en janvier 1998 le GSPC est déjà représenté à Peshawar (Pakistan) dans la réunion constitutive du «Front islamique mondial pour le djihad contre les juifs et les croisés», créé sur initiative de Ben Laden, il est fin prêt pour agir de manière totalement autonome du GIA mais il se gardera d'annoncer officiellement sa constitution.
Reprochant au Groupe islamiste armé de Antar Zouabri d'avoir « dévoyé l'image du djihad », Hattab, dit Abou Hamza, a réuni en août 1998 au niveau du maquis de Takhoukht, dans la wilaya de Tizi Ouzou, les katibate de la région du Centre qui dépendaient de lui et les groupes terroristes d'Oued Souf et de Tébessa pour leur annoncer la création de la nouvelle organisation. Selon Berrached Mohamed, un terroriste qui a été jugé le 25 février 1999 au tribunal de Tizi Ouzou, la dénomination même de cette organisation avait été suggérée à Hattab par Ben Laden. « Il y a eu en ma présence plusieurs entretiens téléphoniques entre les deux hommes », a avoué l'accusé, présenté à la justice avec dix-sept autres inculpés, dont la femme de Hassan Hattab. Il a encore avoué que « la stratégie de l'organisation a été dictée par Oussama Ben Laden». Cette stratégie était claire : créer une organisation qui ne s’en prend qu’aux forces de sécurité algérienne contrairement aux GIA qui s’en prenait directement aux populations. Ben Laden aurait conditionné, selon les mêmes sources, son financement et l'approvisionnement de cette organisation en gestation par la nécessité comme chez les Talibans « de rassembler les salafistes dans cette organisation qui devrait se démarquer des massacres commis en Algérie et qui devrait également remplacer l'Armée Islamique du salut ». Peu à peu, les réseaux de soutien internationaux qui avaient bénéficier aux GIA basculent en faveur du GSPC. De toutes les organisations terroristes qui ont été créées en Algérie, le GSPC est celui qui s'est donné tout le temps qu'il fallait pour mettre en place les structures nécessaires tout en affinant, à la fois, aussi bien les bases idéologiques que les formes de l'action armée ou la manière d'organiser les groupes terroristes. Malgré les discours rassurant des autorités algériennes quant à la liquidation de ces groupes, leur implantation dans le Sud Sahara , à la frontière avec le Mali est avéré et leurs actions encore très dangereuses. Les déclarations de Mr Sarkozy suite aux attentats de Londres affirmant que le GSPC restait la première préoccupation des services français pour la prévention d’attaques sur le terrirtoire national, prouve bien les liens de ce groupe avec l’Hydre terroriste.

Conclusion

De nombreuses hypothèses ont circulé sur le terrorisme algérien : manipulation des services secrets algériens et/ou français, manœuvres en coulisse des généraux pour mieux asseoir leur hégémonie, mais étonnemment très peu reviennent sur les liens évidents avec l’organisation el Qaida. Pourtant les faits sont là, indéniables et manifestes. Pendant une décennie entière, prés de 100 000 algériens ont péri et la communauté internationale n’a préféré y voire qu’une sombre tragédie intérieure et nier l’évidente gestation d’un mouvement de plus grande ampleur. La France, est-ce utile de le rappeler, a d’ailleurs été la première à en faire les frais à différentes reprises. Une fois de plus, il semble que quand une bombe explose sur un marché de Karachi ou d’Alger, le nombre de morts qu’elle fait n’a pas le même impact sur nos démocraties que lorsqu’elle explose à Londres ou Paris. Il s’agit toujours d’affaires intérieures et la non-ingérence devient le voile que l’on se pose délicatement sur les yeux pour ne pas voir la vérité en face. Difficile, en effet, de s’avouer qu’aucune leçon n’a été tirée du drame qui s’est déroulé à nos portes pendant 10 longues années.




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