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The Study Quran : quand l'exégèse coranique se renouvelle en anglais


Rédigé le Jeudi 3 Mars 2016 à 15:19 | Lu 514 fois |


Une nouvelle traduction du Coran, avec commentaires, est entrain de causer un émoi - et peut-être même une petite révolution - au sein du monde anglo-saxon. Cette tentative de traduction et d'exégèse est l'une des premières à venir concurrencer directement toutes celles actuellement sur le marché dominé par les productions venant des monarchies pétrolières.



L'emprise saoudienne

Financés par la pétrolièrement riche famille royale saoudienne, qui suit une branche particulièrement rigide de l'islam (le wahabisme), les salafistes ont exporté leurs enseignants, leurs mosquées, leurs productions audios et vidéos, et leurs textes religieux dans tout le monde arabe, comme au Pakistan et en Occident, étouffant au passage, toute interprétation alternative qui ne s'accorderait pas avec leur vision étroite.
Partout, ils ont financé l'édification de mosquées de style saoudien avec des prédicateurs wahabites et ont établi des madrassas (écoles coraniques) qui procurent une éducation gratuite pour les pauvres, avec bien sûr, une formation wahabite ” écrivait la théologienne Karen Amstrong à propos de l'exportation saoudienne du religieux en 2014. Dans le même moment, des jeunes hommes issus des pays musulmans sous-développés, qui étaient contraints d'aller travailler dans les Etats du Golf pour entretenir leurs familles, ont mis leurs proches en contact avec le wahabisme, et ont ramené cette doctrine chez eux, et se sont mis à vivre au sein d'un différent voisinage avec des mosquées saoudiennes et des centres commerciaux où la ségrégation des sexes et de mise.”
Des générations de musulmans dans le monde ont grandi dans l'ombre de cet empire religieux saoudien, faisant fi de siècles entiers débats et de pensée islamique. Quasiment tout exemplaire du coran distribué lors des programmes de " da'wa ", ou sensibilisation religieuse, partout dans le monde, trouve ses racines en Arabie Saoudite. La plupart d'entre eux utilisent une traduction établie par Yusuf Ali, un indien d'éducation britannique, publiée en 1938. Elle inclue non seulement la traduction de Yusuf Ali, mais aussi des parenthèses contenant des commentaires sur le sens—parenthèses dont la plupart ont tout simplement été évincées par les éditeurs salafistes.

The Study Quran remet les "pendules à l'heure"

ll se peut que " The Study Quran ", qui remet les pendules à l'heure, porte en lui quelque chose de l'ordre d'une révélation pour les musulmans et pour quiconque s'intéressant à l'islam et parlant anglais. C'est une formidable entreprise académique qui depuis sa publication en novembre, n'a pas fini de fleurir sur les rayons des librairies sous la forme d'un format relié très consistant mais également depuis peu disponible sous une version numérique Kindle
Les éditeurs ont compilé une nouvelle traduction, de nouveaux commentaires, et ont fait appel aux plus éminents mufassirs (exégètes), dont la plupart n'avaient jamais été accessibles à une audience anglo-saxonne auparavant. Effectivement, un petite partie seulement des sources citées dans The Study Quran disposaient d'une traduction anglaise.
Le lecteur tombe sur des nuances qui ne sont jamais mentionnées par les plus orthodoxes. Les notes incluses dans The Study Quran indiquent par exemple, que le verset 47 : 4— utilisé par ISIS pour justifier les décapitations—insiste sur “ la nature ponctuelle de l'acte, puisque limité à une situation de guerre et n'est pas un commandement continu.” Cette interprétation semble défier les extrémistes qui commettent de tels actes sur des civils, que ce soit en Syrie ou ailleurs.
La participation de spécialistes, aussi bien sunnites que chiites qui ont contribué à The Study Quran tranche également avec la traditionnelle rivalité entre ces deux branches de l'Islam.
The Study Quran rempli une partie de ce que les dignitaires voient comme un éternel vide dans l'étude de l'islam. Les traductions coraniques abondent, mais des siècles de commentaires, de débats, et interprétations ont longtemps été le domaine exclusif de ceux qui ont une solide maîtrise de l'arabe.
Ce n'est donc pas une surprise si Abu Issa Ni'matullah—un salafiste britannique avec une présence considérable dans les réseaux sociaux—a averti ses suiveurs tentés par " The Study Quran " de “ le fuir comme la peste ”.
Les salafistes qui ont monopolisé tun grand nombre de ressources islamiques de langue anglaise, sont ainsi menacés et combattus par cette révolution textuelle qui les remet finalement à leur place.

Article largement inspiré par The American Quran Pissing Off the Saudis dont une traduction est disponible sur le groupe facebook : repenser l'Islam





Je dirige le site Elkalam.com depuis 2005. Soucieux de croiser les regards sur le monde musulman,... En savoir plus sur cet auteur