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  <title>Elkalam.com</title>
  <description><![CDATA[Elkalam.com se propose de donner un point de vue nouveau sur le monde musulman et l'Islam francophone. Sortir des sentiers battus et s'intéresser à des sujets délaissés par les médias, déconstuire une vision du monde musulman soit trop idéalisée soit trop négative, tels sont les objectifs du site Elkalam.com]]></description>
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  <language>fr</language>
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   <title>Des féminismes et des luttes : pourquoi le féminisme « laïc » demeure un problème ? Entretiens avec Asma Lamrabet et François Burgat</title>
   <pubDate>Sat, 18 May 2013 14:54:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Lilia MARSALI</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Essai, Opinion libre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   La femme musulmane est à la fois une cible facile pour la République française ainsi qu’une métaphore abondamment employée dans un discours médiatique très stigmatisant de féministes « laïques » dont les tonalités (austères ou bienveillantes) séduisent ensembles les partis politiques d’extrême droite et de gauche. Dans un environnement délétère qui contraint les citoyennes françaises voilées à se soumettre à la perte de leur liberté de vivre, des intellectuels de conscience ont décidé de rompre avec un modèle sociétal qui nourrit le nouveau racisme : l’islamophobie. Pionnière du féminisme islamique Docteur Asma Lamrabet, Directrice du Centre des Etudes Féminines en Islam au sein de la Rabita Mohammadia des ulémas du Maroc est l’auteur de nombreux ouvrages dont Femmes-Islam-Occident : chemins vers l’universel, France, Séguier-Atlantica. François Burgat, Directeur de recherche au CNRS à l’ Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe, Aix-en-Provence), ancien directeur de l’Institut français du Proche-Orient (IFPO), auteur de L’Islamisme en face, Paris, La Découverte, 2007 (rééd.) a participé à la tribune “Pas de laïcité sans liberté” ouverte à pétition*. Tous deux peu médiatisés offrent leur entendement des luttes de femmes.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.elkalam.com/photo/art/default/5524044-8239968.jpg" alt="Des féminismes et des luttes : pourquoi le féminisme « laïc » demeure un problème ? Entretiens avec Asma Lamrabet et François Burgat" title="Des féminismes et des luttes : pourquoi le féminisme « laïc » demeure un problème ? Entretiens avec Asma Lamrabet et François Burgat" />
     </div>
     <div>
      <b><span class="u">LM : Comment expliquez- vous que le musulman fasse de plus en plus peur en 2013 et que cette peur devienne une contagion ?</span></b>       <br />
              <br />
       <b>François Burgat</b> : Je situerai cette vilaine mais bien réelle évolution dans le contexte d’une période de l’histoire longue au cours de laquelle l’Europe en général, la France en particulier, voient s’éloigner le temps de leur hégémonie, coloniale puis post-coloniale, sur tout ou partie du monde musulman. “L’Autre” musulman refuse désormais de se laisser enfermer dans une relation de dépendance. Il n’est plus cantonné de surcroît dans des territoires éloignés et exotiques mais il revendique sa place au cœur de l’Europe. L’homo occidentalus sortant ainsi du confort d’une fugitive mais enivrante hégémonie, se retrouve confronté à une sorte d’inconfort pas seulement économique et politique mais également « identitaire ». Il lui faut en quelque sorte accepter de partager le monopole qu’il s’était attribué de définition et d’expression de l’universel. Dans ce contexte où l’ « Autre » Musulman lui signifie que son lexique n’est plus le seul possible pour exprimer “sa” modernité, la relation tend effectivement à se passionner.       <br />
              <br />
       <b>“Cette posture de suspicion des féministes dites laïques à l’égard du féminisme dit islamique n’est donc en réalité pas très différente de celle de l’homo-occidentalus à l’égard de toute affirmation de la différence islamique.”</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">LM : Comment comprenez- vous que des féministes labélisées laïques rejettent le féminisme islamique ? Et le condamne au seul argument de récupération politique islamiste ?</span></b>       <br />
              <br />
       <b>François Burgat </b>: Les féministes “laïques”, notamment occidentales, refusent d’accepter que la soumission à une règle religieuse – par laquelle les femmes musulmanes légitiment certaines de leurs pratiques sociales (par exemple le port du Hijab) – puisse avoir une portée différente de celle qu’elle a eue dans le cadre de leur propre combat. Elles considèrent cette dimension religieuse de l’affirmation féministe « islamique » comme strictement antinomique avec l’idéal d’émancipation pour lequel elles ont elles mêmes combattu. Elles refusent ce faisant d’entrevoir la possibilité que la configuration historique dans laquelle s’inscrit la lutte des Musulmanes puisse avoir un certain coefficient de spécificité. Cette spécificité est pourtant bien réelle. Elle tient au fait que leur mobilisation a en quelque sorte une double portée et donc deux « cibles » différentes. Les Musulmanes s’émancipent d’abord, en tant que femmes, dans une démarche qui est relativement comparable à celle des Européennes qui les ont précédées en ce sens qu’elles s’opposent à des traditions patriarcales et machistes. Or ces traditions machistes ont souvent pris appui pour se légitimer sur des interprétations de la norme religieuse.       <br />
              <br />
       Mais ces « féministes islamiques » se trouvent être également membres d’un groupe (les Musulmans) qui est lui même collectivement engagé dans un processus de libération ou d’affirmation contre la tutelle occidentale, politique et économique mais également culturelle, héritée de la domination coloniale. Or ce processus comprend une dimension d’ affirmation identitaire où, à la différence radicale de l’histoire occidentale, la référence religieuse, étroitement liée à la culture régionale, n’est pas un obstacle à abattre. Elle sert donc bien non pas de… repoussoir mais, conjoncturellement, de point d’appui ou réservoir de références « endogènes » mobilisées pour contrer la propension de la culture de l’ « Autre » occidental à maintenir son hégémonie. Cette posture de suspicion des féministes dites laïques à l’égard du féminisme dit islamique n’est donc en réalité pas très différente de celle de l’homo-occidentalus à l’égard de toute affirmation de la différence islamique. Ces militantes ont en quelque sorte la conviction, pernicieuse, que le lexique et les itinéraires qu’elles ont employés pour exprimer une demande (féministe) universelle est le seul à être fonctionnel. Elles ne reconnaissent donc pas la légitimité des demandes, au demeurant identiques à bien des égards (accroitre l’autonomie de la femme dans l’espace familial d’une part, dans l’espace public d’autre part, qu’il soit politique ou économique) émanant d’acteurs usant d’un autre lexique et d’autres références que les leurs.       <br />
              <br />
               <br />
       <b>“Je peux comprendre que l’on ne soit pas d’accord mais pas que l’on combatte à l’extrême un courant féministe particulier ! Cela s’appelle de l’impérialisme intellectuel !”</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">LM : Quelles initiatives encourageriez- vous pour lutter contre les discours extrêmes des féministes « laïques » qui stigmatisent la femme musulmane ?</span></b>       <br />
              <br />
       <b> Asma Lamrabet </b>: Je suis pour le dialogue et la communication avec l’autre quel qu’il soit car ce n’est qu’avec de l’empathie que l’on peut arriver à comprendre l’autre. Combien de divergences se sont dissipées quand on prend le temps d’écouter l’autre et de comprendre sa douleur et sa souffrance !       <br />
              <br />
       Bien sûr je comprends que l’on ne puisse pas être d’accord avec le féminisme islamique. Le féminisme dans ses grands courants en occident s’est forgé grâce à sa lutte contre le despotisme et la misogynie de l’Eglise, chose que je comprends tout à fait. Cependant il existe d’autres féminismes comme celui de la théologie de libération en Amérique Latine qui au nom du message libérateur du Christianisme revendique des droits et l’autonomie des femmes, c’est aussi le cas du féminisme islamique qui revendique l’autonomie et l’émancipation des femmes au nom d’une lecture réformiste et libératrice du message de l’islam et qui refuse aussi la marginalisation et la culture de discrimination des femmes véhiculée par des idéologies de certains courants de l’islam politique mais surtout de l’idéologie wahhabite !! Les courants féministes du monde entier ne peuvent pas être d’accord sur tout, rien qu’en France il y a différents courants, et le féminisme islamique a le droit de partager les valeurs universelles du féminisme sans copier un modèle précis. Il a son modèle à lui lié à son contexte. Il existe par ailleurs « des féminismes musulmans » et non un seul liés aux différents contextes…et je peux comprendre que l’on ne soit pas d’accord mais pas que l’on combatte à l’extrême un courant féministe particulier ! Cela s’appelle de l’impérialisme intellectuel, d’ailleurs le féminisme musulman comme celui de la théologie de libération ou celui des chicanas, ou du black féminisme sont des féminismes du Sud qui dénoncent justement l’hégémonie d’un certain féminisme occidental qui se veut et se dit universel ! Justement nous partageons dans le féminisme musulman la dimension décoloniale des femmes du Sud qui luttent contre tous les types d’hégémonie culturelle ou économique !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b> <span class="u">LM : Pensez-vous que le féminisme islamique soit la solution contre toutes dérives religieuses au sein de la communauté musulmane ?</span></b>       <br />
              <br />
       <b>François Burgat</b> : J’éviterai une formulation si…ambitieuse. L’action des femmes musulmanes pour affirmer leur place dans la société est un facteur manifestement positif dont les retombées ne peuvent être que bénéfiques sur leur communauté comme sur celle, plus vaste, dans laquelle celle ci est insérée.       <br />
              <br />
       <b>Asma Lamrabet </b>: Le féminisme islamique ne peut pas à lui seul être la solution à toutes les dérives ! Il n’est qu’un moyen parmi tant d’autres dont le plus important au sein du monde arabe est la démocratie et le respect des droits humains ! Je suis contre tous les extrémismes et les idéologies radicales quelqu’elles soient, qu’elles viennent du monde musulman ou non musulman, qu’elles soient politiques ou philosophiques, car l’extrémisme ne peut qu’ engendrer la violence réactionnelle…toutes ces personnes répondent à la même idéologie celle de l’essentialisation de l’autre et de son rejet …et cette idéologie extrémiste qu’elle vienne du monde musulman ou non musulman répond à une logique totalitaire que je ne partage absolument pas. Il existe des associations féministes musulmanes partout dans le monde musulman, rien qu’au Maghreb et au Maroc elles sont nombreuses à revendiquer des droits égalitaires et lutter pour l’émancipation des femmes, au niveau international, je citerais Mussawah, Sisters en islam, ou le GIERFI !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">LM : Vous n’intéressez pas les médias français comment l’expliquez-vous ?</span>       <br />
       </b>       <br />
       François Burgat : Peut-être parce que l’approche qui est la mienne (et, fort heureusement, pas seulement la mienne !) ne correspond pas à ce qu’une vaste majorité du public est prête à entendre. Il est vrai que cette posture analytique a rarement l’occasion d’être valorisée et crédibilisée aux yeux de ce grand public.       <br />
              <br />
       De TF1 à Arte en passant par Le Monde, une large majorité des grands organes d’information sont détenus et contrôlés par des milieux économiques qui ont un agenda politique autre que celui de cultiver la diversité citoyenne des points de vue. Lorsqu’on exprime des opinions ne cadrant pas avec ce que j’appelle ironiquement la « télavivision française », on a donc très peu de chances d’être relayé dans les grands médias. La presse est concentrée en exceptionnellement peu de mains. « J’ai tous les patrons de presse avec moi » avait pu se vanter en son temps Nicolas Sarkozy, qui a beaucoup œuvré à cette concentration. L’arrivée de la gauche n’a rien changé car le clivage droite gauche est absolument inopérant en matière de relation à l’altérité musulmane ou de lecture du conflit Israélo arabe : le sionisme de gauche n’est pas significativement différent du sionisme de droite.       <br />
              <br />
               <br />
              <br />
         “<b>Lorsqu’on exprime des opinions ne cadrant pas avec ce que j’appelle ironiquement la « télavivision française », on a donc très peu de chances d’être relayé dans les grands médias.</b>” 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b> <span class="u">LM : Pensez-vous avoir eu un impact sur de nombreux chercheurs et étudiants ? Si oui, peut-on considérer cet impact comme source d’espoir dans le vivre ensemble ?</span></b>       <br />
              <br />
       <b>François Burgat : </b>Il m’est extrêmement difficile d’apprécier cette influence si elle existe : c’est donc à vous d’enquêter pour y répondre. (Sourires).       <br />
              <br />
              <br />
       *Retrouvez ici la pétition en ligne <a class="link" href="http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/contre-une-loi-stigmatisante-pour-une-commission-sur-l-islamophobie">&quot;Pas de laïcité sans liberté”</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Les féminismes islamiques : quelques points de repères</title>
   <pubDate>Fri, 17 May 2013 10:43:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Nicolas Lalande</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[MAPS]]></dc:subject>
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   <title>Le féminisme islamique: une nécessité pour le changement</title>
   <pubDate>Mon, 13 May 2013 12:14:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Hanane KARIMI</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Essai, Opinion libre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Le concept de féminisme islamique a été très médiatisé ces derniers mois. Déclaré comme inconcevable par ses détracteurs, ElKalam m’offre l’occasion d’en éclaircir certains points souvent attaqués. Si sa terminologie est dérangeante pour certain(e)s, il est utile de rappeler que l’idée même de féminisme islamique est née dans les sphères intellectuelles. Mais l’idée seulement ! Car c’est en observant les revendications des femmes musulmanes faites au nom de la religion que des anthropologues choisirent de nommer la posture revendicatrice de ces femmes sous le terme de féminisme islamique. Dans ces quelques lignes, je vous propose de revenir sur l’essence des revendications des féministes musulmanes. Dans le contexte français, je propose une analyse du symbolisme du hijab et de la place des femmes dans la communauté. Je présenterai également cette autre voie d’émancipation proposée par les féministes musulmanes.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.elkalam.com/photo/art/default/5505888-8213215.jpg" alt="Le féminisme islamique: une nécessité pour le changement" title="Le féminisme islamique: une nécessité pour le changement" />
     </div>
     <div>
      <b><span class="u">Au nom de Dieu</span></b>       <br />
              <br />
       La particularité des féministes musulmanes réside dans l’attachement sincère et assumé que ses femmes ont  du  Coran et de la Sunna. Pour elles, le message coranique et l’exemple prophétique sont des modèles de respect, de dignité et d’égalité faits aux femmes. Et ces musulmanes tentent d’appliquer cette justice dans leur vie quotidienne, sociale et religieuse. Pourtant, la réalité est bien souvent différente. Elles ne retrouvent pas cet idéal dans les mentalités de leur communauté religieuse, qui continuent à fonctionner selon une mise sous tutelle des femmes et d’une ségrégation sexuelle qui les handicape. Dans certains pays, ce sont des lois dites islamiques, qui leurs déni des droits fondamentaux. On peut donc légitimement se demander en quoi ces lois s’inspirent du Coran et de l’exemple du prophète (PSSL). En France, il n’y a qu’à s’intéresser de près à la place faite aux femmes dans la grande majorité des mosquées pour se rendre compte du mal dont souffre la communauté musulmane. Reléguées derrière des rideaux, balcons et autres, les femmes sont malheureusement perçues comme celles qu’il faut invisibiliser pour ne pas perturber les hommes croyants dans leurs actes d’adoration. Le hijab ne suffisant pas à neutraliser leur dimension sexuelle. Elles sont aussi majoritairement absentes des fonctions de représentation religieuse (poste de direction, décisionnel, CFCM, CRCM) , reléguées aux tâches domestiques et activités traditionnellement &quot;féminines&quot; (garderie, cuisine, couture…). Malheureusement, lorsque les centres cultuels et culturels fonctionnent ainsi, ils se privent d’une force vive indispensable et nécessaire. Si aujourd’hui, les femmes musulmanes sont entachées de tant de préjugés, ce n’est pas seulement le fait de stéréotypes liés à l’histoire coloniale ou à l’orientalisme. C’est aussi dû au fait que la culture et la religion se sont mêlées et que, bien souvent, ce qui est prôné au nom du religieux à l’égard des femmes, n’est que le résultat de coutumes héritées, patriarcales et sans rapport avec l’islam. La communauté musulmane souffre d’un mal insidieux, celui du à l’absence de ses femmes dans la vie sociale, celui de l’absence de l’apport et de la richesse des femmes comme actrices nécessaires au changement. La croyance en Dieu traduite dans l’islam par une éthique et une morale, amène à poser les questions génératrices de changement. Ce qui se traduit par une attitude réflexive dans une dynamique éthique, morale guidée par l’envie de se conformer aux textes.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">Le hijab</span></b>       <br />
              <br />
       D’un côté pour ses détracteurs, le Hijab est perçu comme le symbole d’une trahison, une forme de renoncement aux droits pour lesquels chaque femme aspire. Parmi ces droits, il y a le droit à l’éducation, et je rappellerais que ce ne sont pas les musulmanes voilées qui ont renoncés à l’éducation mais un système laïc qui les a mises au banc de l’école. Le hijab, comme choix, ne peut être entendu par une France post-coloniale qui a gardé un rapport très inégalitaire avec les enfants des anciens colonisés. S’ajoute à cela les injustices que certaines subissent dans les sphères familiales, parce que femme ; et sociales, parce que femmes musulmanes voilées. Bientôt, elles devront faire le choix entre autonomie économique et conformisme religieux. Dans une société où elles vivent la discrimination et dans laquelle l’émancipation des femmes est prétendument acquise d’une part ; dans une communauté religieuse où on prône l’honorable place des femmes d’autre part, elles demandent à ce que cela soit mis en pratique. Ce sont toutes ces discriminations qui ont participé à l’émergence d’un mouvement libérateur et réformiste au sein de l’islam. Un mouvement de musulmanes, qui au nom de leur attachement à leur croyance, exige qu’on les respecte, qu’on les écoute. Elles se réapproprient leurs voix, trop longtemps accaparées par des hommes, représentants associatifs et religieux qui parlent pour elles. Perçues comme victimes, si les musulmanes ne prennent pas la parole, si ceux sont sans cesse des hommes qui parlent pour elles : comment justifier et expliquer qu’elles ne sont pas mises sous tutelle dans les faits ? Elles refusent aussi de se conformer  aux stigmates d’un appareil politique qui les assigne à un rôle d’éternel « soumise, docile et incapable » de se libérer si ce n’est par la force. Ce hijab qui constitue aussi un élément par excellence du symbolisme mis en jeu dans une société ethnique [1] est tour à tour symbole de résistance, singularité identitaire, protestation à l’injonction d’intégration, apaisement d’une lutte entre deux cultures et par-dessus tout symbole d’une démarche spirituelle.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">« Alter-émancipation »</span></b>       <br />
              <br />
       Dans politique de la piété , Saba Mahmood [2], qui se définit comme une féministe laïc, dit que « la conviction laïque procède d’une hiérarchisation du mode de vie » et donc « que les autres formes d’accomplissement humain et d’univers de vie étaient forcément inférieurs aux solutions que nous avions élaborées sous la bannière d’une politique laïque. » En effet, la caricature qui est faite de l’islam en termes historiques, politiques, médiatiques, montrent que l’on considère toujours ici en Occident que les « Orientaux » ne sont pas capables parce que trop traditionnels, pas assez civilisés, d’organiser des mouvements réformistes de justice, dans l’incapacité de contester la domination masculine. Finalement, ce que viennent affirmer ces féminismes islamiques dans leur diversité contextuelle, c’est qu’elles n’ont pas besoin d’un modèle importé de libération, qu’elles peuvent penser leur propre émancipation, qu’elles peuvent critiquer les systèmes de domination, qu’elles ont une posture critique et réformiste de ce qui est fait au nom du religieux et que s’émanciper peut passer par une voie pacifique. Et surtout que s’émanciper ne passe pas forcément par des ruptures avec Dieu, avec l’homme, le père, le frère etc… D’ailleurs, ce que l’on remarque c’est que tous les opposants « au projet féministe dans l’islam ont un point commun : une compréhension essentialiste et anhistorique de l’islam et de la loi islamique. Ils ne parviennent pas à reconnaître que les hypothèses des lois à propos du genre dans l’islam, comme dans n’importe quelle autre religion, sont socialement construites et par conséquent historiquement changeantes et ouvertes à la négociation. » [3]       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">Condamner les injustices</span></b>       <br />
              <br />
       Si l'exemple du prophète est venu révolutionner le statut des femmes et qu'il a dénoncé les injustices qu'elles subissaient parce que femme, comment peut-on se dire musulman et discriminer les femmes, les maltraiter au nom du sacré, les mettre sous tutelle, les placer dans une grande précarité? Ces femmes ne croient pas que ces pratiques soient le fruit de l’éthique islamique. En un sens, elles vont plus loin que l’opposition simple, elles s’inscrivent dans une transformation pour un juste milieu. Les féministes musulmanes sont donc des femmes qui ne se reconnaissent plus dans cette ségrégation sociale et sexuelle, qui refusent qu’on leur dicte leurs rôles selon les intérêts des hommes, légitimés religieusement et pourtant absent de l’histoire prophétique. Elles croient que l’islam, à travers l’exemple du prophète, est venu condamner (entre autres) les discriminations faites aux femmes et qu’il est venu rétablir une situation d’égalité où les croyantes et les croyants étaient tous deux acteurs d’un système social juste. Le message coranique promulgue des droits révolutionnaires pour cette époque et c’est dans cet esprit que les femmes lisent ce texte. C’est justement à travers un outil recommandé pour la compréhension du texte, le concept d’Ijtihad, que ces femmes travaillent à une meilleure interprétation du texte. L’ijtihad est un outil qui  permet de vivre sa foi partout et en toute situation. Elles ne combattent pas les hommes, contrairement à ce que véhicule le terme féminisme de manière péjorative, mais elles sont à leur coté sur le chemin d’une construction sociale juste et équitable. Pourquoi faudrait-il avoir autant peur de ce mouvement qui n’est qu’une piqure de rappel de l’idéal sociale de l’islam ? Certain(e)s répondront, l’islam nous a tout donné ! Et je répondrai : pourquoi tant de femmes sont victimes et dans une situation de grande vulnérabilité face à la violence, à la précarité d’un système inégalitaire. Dieu ne nous a-t-il pas promis que les croyants et les croyantes étaient égaux ? Et c’est ici que réside la force des féminismes islamiques comme mouvement local de conscientisation du décalage entre les textes (Coran et Sunna) et les pratiques qui en découlent, elles sont une chance de rétablir la justice sociale.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">Conclusion</span></b>       <br />
              <br />
       Le féminisme islamique se caractérise par une double dimension : c’est à la fois un mouvement critique et un mouvement réformiste porté par les femmes, lesquelles s’inscrivent dans le corpus religieux pour revendiquer leurs droits.  Et c’est de la compréhension de ce corpus religieux, qu’elles tirent leur légitimité parce qu’elles s’adressent à des croyants. L’une des priorités des féministes musulmanes est d’aller puiser leur grammaire de justice et d’égalité dans le texte, dans le Coran qui est le cœur et le fondement même de la religion. L’intérêt d’une telle dynamique réside dans le fait de changer les choses de l’intérieur tout en refusant de se voir imposer un modèle d’émancipation de l’extérieur. Ainsi elles défendent : l’égalité des sexes et la justice sociale qui ne peuvent pas être respectés dans un système patriarcal, qui déni le statut d’acteur responsable aux femmes.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Notes bibliographiques :        <br />
              <br />
       [1] Bastenier, A. (2004). Qu'est-ce qu'une société ethnique? Ethnicité et racisme dans les sociétés européennes d'immigration, PUF, Paris.       <br />
       [2] Mahmoud, S (2009), Politique de la piété.Le féminisme à l'épreuve du renouveau islamique, La Découverte, Paris, p.8       <br />
       [3] Ali, Z. (2012), Féminismes islamiques, La Découverte, Paris, p.131       <br />
              <br />
       <b>Une carte heuristique introductive aux féminismes islamique (introduction de l'ouvrage de Zahra Ali) est disponible </b><a class="link" href="http://www.elkalam.com/Les-feminismes-islamiques-quelques-points-de-reperes_a150.html">ICI</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
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     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Entretien avec Juan Alvarado (Shafiq Abdullah Muhammad Alvarado), un latino converti</title>
   <pubDate>Fri, 26 Apr 2013 12:52:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Nicolas Lalande</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Musulmans d'ailleurs]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Elkalam s'entretient aujourd'hui avec un membre de la communauté hispanique des Etats-Unis. Converti à l'Islam depuis plusieurs années, Muhammad Shafiq revient avec nous sur différents aspects liés au mouvement de conversion à l'Islam des latinos en Amérique du nord. Cet entretien s'étant déroulé il y a déjà plusieurs années, nous ne reviendrons pas ici sur les récents événements de Boston.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.elkalam.com/photo/art/default/5453714-8136769.jpg" alt="Entretien avec Juan Alvarado (Shafiq Abdullah Muhammad Alvarado), un latino converti" title="Entretien avec Juan Alvarado (Shafiq Abdullah Muhammad Alvarado), un latino converti" />
     </div>
     <div>
      <b><span class="u">Pouvez vous nous décrire en quelques mots le phénomène de conversion à l’islam dans la communauté Latino Américaine ?</span></b>       <br />
              <br />
       Les Latino-américains constituent a plus grande minorité aux Etats-Unis, mais la plus petite communauté de convertis. On estime que seulement 6 % des conversions à l’Islam aux Etats-Unis sont le fait de Latinos. Selon moi, les latinos viennent à l’Islam pour de multiples raisons :       <br />
              <br />
       on trouve tout d’abord les femmes se mariant avec des musulmans, les personnes connaissant des musulmans ou ayant des amis musulmans ; on trouve aussi énormément de personnes qui, suite au 11 septembre, ont eu un regain d’intérêt pour cette religion et, pour certains se sont convertis. Le phénomène de conversion en prison est également non négligeable. D’autres encore, ont pu approcher l’Islam grâce aux études et à l’Université. Il faut aussi prendre en compte le facteur de voisinage des communautés Latino-américaines avec les Afro-américains. Ces derniers constituent souvent le premier contact avec l’Islam et fournissent les bases de la connaissance de cette religion.       <br />
       Mais la plupart du temps, la conversion d’un individu trouve son origine dans une combinaison de tous ces facteurs.       <br />
              <br />
       <b><span class="u">Quelles sont les relations des convertis Latinos avec les autres musulmans ?</span></b>       <br />
              <br />
       J’ai déjà entendu dire que les relations avec les Arabes ou les Pakistanais ne se passaient pas toujours bien. Mais personnellement, je ne l’ai jamais vécu. Tous les musulmans, nés musulmans, ont toujours été très heureux de me rencontrer et de constater que je partageais leur religion. Beaucoup d’entre eux ressentent énormément de fierté de voir les latinos se joindre à la communauté des croyants.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">comment pouvez vous expliquer l’augmentation des conversion suites aux attentats du 11 septembre? </span></b>       <br />
              <br />
       Le 11 septembre a constitué un choc pour tout le monde. Personne n’aurait pu penser qu’un jour les Etats-Unis auraient pu être confronté à un tel événement. Donc beaucoup de gens se sont interrogés sur les causes profondes de ces attentats. Beaucoup se sont également demandés : « est ce l’Islam ? , est ce que la guerre, la violence sont les seules choses dont parlent l’Islam ? ». En étudiant la question nombreux sont ceux qui ont eu la réponse inverse, ont apprécié à sa juste valeur le message que véhiculait le Coran et ont finalement ont pris la décision de se convertir. J’ai rencontré un jour une femme qui, en s’intéressant à cette religion, souhaitait avoir la confirmation que « l’Islam c’était l’Enfer » ; après de nombreux mois de lecture, cette personne s’est finalement convertie.       <br />
              <br />
       <b><span class="u">Il y a beaucoup de conversions parmi les femmes, pourriez-vous nous confirmer cet aspect ? Comment peut-on l’expliquer ?</span></b>       <br />
              <br />
       Effectivement les femmes ont une tendance plus prononcée que les hommes à se convertis chez les Latinos. On peut y voir plusieurs raisons. Comme évoqué plus haut, il y a beaucoup de musulmans qui choisissent de se marier avec elles. La façon de vivre de leurs conjoints, leursérieux, les intriguent souvent et les incitent à se poser beaucoup de questions sur leur foi catholique. Après quelques temps, bon nombre d’entre elles choisissent de se convertir.       <br />
       D’autres, choisissent cette voie par le biais de connaissance, d’amies musulmanes qui sont souvent la première porte d’entrée dans la religion. En fait, on peut s’apercevoir que les valeurs familiales que véhicule l’islam sont l’une des raisons les plus fréquemment évoquées et sont très attractives pour les Latinas. La culture hispanique accorde, en effet, une place de premier rang à la famille, et les femmes trouvent dans la culture islamique des valeurs protectrice qui les attirent énormément.       <br />
       A l’opposé, si l’on s’intéresse aux hommes on peut constater que beaucoup d’entre eux disent ou prétendent croire à l’Islam, mais ne se convertissent pas. Ils ne veulent pas franchir le pas de la profession de foi car ils ont peur… ils tiennent trop à leur façon de vivre : boire de la bière, avoir des tas de prétendantes. Se convertir constitue un changement trop dur pour eux car ils n’ont aucune discipline.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">Pensez vous que l’histoire, les relations entre l’Islam et l’Espagne, est un argument pour ceux qui veulent se convertir ?</span></b>       <br />
              <br />
       Derrière la religion, il y a effectivement l’histoire. Pour beaucoup d’hispaniques c’est souvent une façon de découvrir l’Islam. Par exemple, beaucoup de prénoms espagnols sont d’origine arabe comme : Garcia (Gharsiyya), Guzman, (Uthmaan), Cid (As-Sayyid), Cordoba (Qurtubi).Si ces personnes ont des noms ou prénoms d’origine arabe cela signifie pour beaucoup qu’ils ont des ancêtres musulmans. Cependant, cela n’est qu’un aspect ; la raison la plus importante qui les motive à venir à l’Islam, c’est la croyance en un Dieu Unique. C’est spécialement le cas de ceux qui ont été catholiques et qui ont toujours eu du mal à accepter le fait que Jesus était le Fils de Dieu selon l’Eglise.       <br />
              <br />
       <b><span class="u">En France, on parle beaucoup des problèmes entre les convertis et leur famille ? Y-a-t-il le même phénomène chez les Latinos ?</span></b>       <br />
              <br />
       Oui, effectivement il y a énormément de problèmes, probablement les mêmes qu’en France. La plupart du temps quand les latinos sont dans leur pays, au Mexique ou au Brésil, ils vivent au sein de familles élargies. Ils connaissent tous leurs cousins, leurs tantes et oncles. Si quelque chose vous arrive, la famille est là pour vous aider.       <br />
       Quand les Latinos arrivent aux Etats-Unis, cela change. La famille se rétrécit et la vie se fait beaucoup plus dure. Parfois, les parents divorcent ou travaillent des journées et des nuits entières pour subvenir aux besoins des enfants. Ces derniers doivent aller et revenir tout seul à l’école, ils sont bien souvent laissés tout seul à la maison. Quand ils grandissent certains rejoignent des gangs ou, quand il s’agit de filles, certaines tombent enceinte très jeune avec un garçon dont elles n’entendront plus jamais parler. La conversion, dans ce contexte, peut entraîner des tensions supplémentaires ; mais la plupart du temps, les latinos constatent au contraire que l’Islam est une façon de revenir à la famille, à son unité et d’en faire une priorité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>http://www.elkalam.com/Entretien-avec-Juan-Alvarado-Shafiq-Abdullah-Muhammad-Alvarado--un-latino-converti_a148.html</link>
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   <title>Des réformes mais pas une révolution : le printemps arabe en Jordanie</title>
   <pubDate>Fri, 19 Apr 2013 09:50:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Nicolas Lalande</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Ailleurs sur le web]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   En dépit de ses sérieux problèmes politiques et économiques, la Jordanie n'est pas prête de voir son régime changer. Les divisions au sein l'opposition et quelques débats internes sur une certaine évolution du régime ont permis au régime Hashémite de prévenir tout grand bouleversement dans le pays.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.elkalam.com/photo/art/default/5432086-8103214.jpg" alt="Des réformes mais pas une révolution : le printemps arabe en Jordanie" title="Des réformes mais pas une révolution : le printemps arabe en Jordanie" />
     </div>
     <div>
      De nombreux observateurs espèrent que la Jordanie va connaître le même sort que l'Egypte, la Tunisie, la Lybie et le Yemen touchés chacun à leur tour par des soulèvements populaires, et actuellement encore la Syrie où le régime de Bashar al-Assad est en train de vaciller. Il est indiscutable que la Jordanie fait face à de très graves problèmes politiques et économiques, en partie identiques aux pays voisins qui ont vu leur population se soulever. Toutefois, les chances d'assister à un changement rapide de régime apparaissent très maigres.        <br />
              <br />
       <b><span class="u">Des protestations qui gagnent du terrain</span></b>       <br />
              <br />
       Ces deux dernières années, un certain nombre d'événements viennent renforcer l'idée que la survie de la monarchie jordanienne est compromise. A titre d'exemple, la royauté été secoué, début 2011, par de nombreuses protestations populaires où les manifestants demandaient des réformes politiques et économiques rapides. En novembre dernier, suite à une augmentation conséquente du prix du gaz et du fioul domestique, le gouvernement dut faire face à un mouvement de contestation généralisé à tout le pays, dont beaucoup pensait qu'il aurait du mal à être contenu. En outre les nombreux remaniements ministériels provoqués par le roi Abdallah - la Jordanie a connu pas moins de 5 premiers ministres ces deux dernières années - sont de plus en plus perçus comme un signe de faiblesse de la part du monarque qui semble n'avoir aucune réelle vision de réformes pour son pays.       <br />
              <br />
       Plus récemment (juillet 2012), la nouvelle loi électorale a généré une vigoureuse protestation parmi les citoyens demandant quant à eux une représentation politique plus juste dans le pays. Cette loi est venue couper court à toutes les aspirations démocratiques des jordaniens et de nombreux observateurs se demandent si les élections parlementaires récentes (janvier 2013) qui ont eu lieu après la promulgation de cette loi, ne va pas finalement poussé de plus en plus de jordaniens a demandé un changement de régime       <br />
              <br />
       Pour l'instant, l'insatisfaction populaire a toutefois échoué à se développer comme les autres mouvements qui ont mis fin à certain des régimes de la région. Les mouvements de protestations jordaniens restent encore très encadrés, n'occupent que très peu l'espace public et se distinguent plus par leur très bonne organisation que par l'esprit révolutionnaire qui les animent. Les quelques échauffourées qui se sont développées après la suppression des subventions gouvernementales au fioul et au gaz ont pris fin après seulement une semaine ou deux. Même chose pour les récentes élections législatives : tandis que beaucoup de jordaniens savaient pertinemment que l'élection du 17e parlement allait être un nouveau coup d'épée dans l'eau, la réaction populaire à cette élection s'est plus caractérisée par de l'apathie que par de l'agitation. Ainsi tous ceux qui, il y a encore quelques mois, voyaient la Jordanie a deux doigts de &quot;tomber&quot;ont beaucoup de peine aujourd'hui à expliquer pourquoi dans, le contexte révolutionnaire actuel,  tous ces déclencheurs potentiels n'ont aucun effet dans le pays.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">Un précédent historique</span></b>       <br />
              <br />
       A l'instar de régimes que l'on croyait indéboulonnables au Moyen-Orient et au Maghreb, on aurait été tenté de penser que la série de protestations récentes en Jordanie allait l'entraîner dans une trajectoire similaire, ce qui, comme on l'a vu n'a pas été le cas. En fait, si on place la situation politique jordanienne actuelle dans un contexte historique, on peut s'apercevoir d'un certain nombre de similarités avec des situations auxquelles la monarchie a du faire face dans le passé.       <br />
              <br />
       Dans les années 80, par exemple, le pays a connu une série de soulèvements populaires en réponse à une pression économique exercée par le gouvernement suite à une restructuration drastique de la dette par le Fond Monétaire International.. Plus récemment en 1996, des émeutes engendrées par la suppression des subventions au pain ont mis à mal la stabilité du régime hachémite. Quant aux frustrations politiques au sujet de la représentation nationale, il s'agit d'un débat qui ne date pas d'aujourd'hui puisqu'on peut remonter jusqu'aux années 20, bien avant l'indépendance de 1947, pour retrouver des traces de ces demandes en faveur d'une loi électorale plus juste.       <br />
              <br />
       Bien entendu, les problèmes économiques et politiques de la Jordanie ne doivent être sous estimés. Toutefois, l'histoire illustre que ces crises ont plus été la règle que l'exception dans le pays. La monarchie a toujours su trouver un moyen de survivre dans le passé à ces périodes de turbulence, jetant ainsi le doute sur l'idée qu'un changement de régime proche est inévitable. Il ne s'agit pas ici de dire  que la monarchie jordanienne est invincible mais plutôt d'attirer l'attention sur le fait qu'historiquement ce régime a déjà survécu à bon nombre de crises.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">Une opposition jordanienne fragmentée et pacifiée</span></b>       <br />
              <br />
       La nature très fragmentée, organisée autour de factions, de l'opposition politique jordanienne, en fait un facteur très incertain de remise en cause de la suprématie du régime. Ces deux dernières années ont vu naître des groupes disparates qui partagent les même  constats mais qui sont néanmoins très différents quant à leurs objectifs et leur soutien. Il a été impossible de donner à ce mouvement de réforme une cohérence et un leadership commun.        <br />
              <br />
       Par exemple, le soutien au mouvement islamiste, mené largement par les Frères Musulmans et son bras politique, le Front d'Action Islamique, vient en grande partie des Palestiniens situés dans les centres urbains d'Amman et d'Irbid. Les demandes des islamistes sont essentiellement orientées vers une réforme politique. Elle inclut notamment un nouveau système électoral donnant une plus grande représentation pour les centres urbains, un gouvernement élu, une nomination du Premier Ministre par le Parlement, un renforcement des liens avec les Territoires Palestiniens et une réduction drastique de l'influence politiques des forces de sécurité intérieures.       <br />
              <br />
       Le mouvement Hirak, est par opposition très décentralisé et organise son influence dans les petites villes et villages. Il trouve ses origines dans les insatisfactions liées aux problèmes socio-économiques des habitants de la région Est de la Jordanie. Les soutiens à ce mouvement sont essentiellement frustrés par le manque de développement des régions en dehors d'Amman, ainsi que la politique économique néolibérale poursuivie par le Roi qui mine les structures traditionnelles de redistribution des ressources du pays. Les comités locaux d'Hirak sont diversement constitués et ont des orientations variées. Toutefois ce qui unit le mouvement est son caractère tribal et le fait que ses partisans sont les traditionnels anciens soutiens du régimes. Ils plaignent, la plupart du temps de voir les fondations tribales du régime se disloquer.  Ils divergent notamment avec les islamistes et la gauche sur la question des relations avec la Palestine avec laquelle il voudrait entamer un désengagement progressif. Ils sont également très méfiants concernant la montée en puissance de l'influence économique de la population jordanienne d'origine palestinienne et sont donc de fervents défenseurs d'une réduction drastique du pouvoir politique de ce groupe.       <br />
              <br />
       Les syndicats, les associations professionnelles, les groupes de gauche participent eux aussi à ce paysage politique demandant des réformes. Par exemple, les journalistes de la presse écrite, de la télévision et d'internet se sont mobilisés récemment contre une loi multipliant les restrictions de publications pour les médias en ligne.       <br />
              <br />
       Le défi pour cette opposition politique jordanienne est d'être capable de mobiliser fortement et durablement la population. Or les différences d'identité, d'objectifs entre ces groupes politiques ont plus tendances à renforcer les clivages déjà existant. Sans un appel unifié pour renverser la monarchie, il paraît difficile pour ces groupes de pouvoir mobiliser contre le régime. D'autant que ce dernier a, grâce à une stratégie bien connue de divisions de l'opposition, a toujours su accentuer les clivages.        <br />
              <br />
       En augmentant les salaires de la fonction publique, en permettant aux enseignants de se syndiquer et en faisant miroiter aux provinces des substantielles subventions, le régime jordanien a su finalement pacifier une partie de l'opposition du pays. Le Front d'Action Islamique et une partie de l'Hirak ont historiquement participé à ce processus. Le premier a toujours joué un rôle d'opposant légal que le spécialiste de la politique jordanienne, le Dr Curtis, décrit comme une opposition qui ferme les yeux, à son propre bénéfice et à celui du gouvernement. Quant au mouvement Hirak dans le sud, il a simplement cherché à  supplanter le pouvoir dans ces soutiens traditionnels. Dans ce contexte d'une opposition largement pacifiée et des sinistres rappels en provenance d'Egypte et de Syrie, le changement, pour cette opposition, semble être une voie très incertaine et dangereuse. De très faibles  signaux laissent entrevoir une possibilité d'un mouvement révolutionnaire d'une plus grande ampleur.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">La stabilité à court terme, les défis à long terme</span></b>       <br />
              <br />
       En dépit du scepticisme qui ferait mentir le fait que la Jordanie sera le prochain domino à tomber sur l'échiquier du Moyen-Orient, il y a un certain nombre de défis que le régime va devoir relever sous peine de voir son existence menacée.       <br />
       Poussés par la montée des islamistes dans les pays voisins, les Frères Musulmans restent fermes sur un certain nombre de revendications politiques  qui les poussèrent récemment à boycotter les élections et promettre de plus en plus de manifestations. La nouvelle vague de réfugiés syriens dans le royaume étrangle fortement une économie déjà bien mal en point. Les incidents sur la frontière nord avec la Syrie menace de plus en plus la sécurité de cette région. Enfin, la dépendance économique de la Jordanie aux prêts internationaux et à l'aide des Etats-Unis et des pays du Golfe, n'est pas viable à long terme. Cette dépendance continuelle sans développement économique va de plus en plus mettre à mal la capacité du régime à apaiser ses principaux soutiens traditionnels.       <br />
              <br />
       Toutefois tous ceux qui attendent prochainement le moment d'une place Tahrir en Jordanie, ne doivent pas retenir leur souffle trop longtemps.       <br />
              <br />
       Source de l'article  :<a class="link" href="http://www.fairobserver.com/article/reform-not-revolution-arab-spring-jordan"> http://www.fairobserver.com/article/reform-not-revolution-arab-spring-jordan</a> ( Michael Makara &amp; Andrew Spath )
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>http://www.elkalam.com/Des-reformes-mais-pas-une-revolution-le-printemps-arabe-en-Jordanie_a147.html</link>
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