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  <title>Elkalam.com : débridez votre esprit</title>
  <description><![CDATA[Elkalam.com se propose de donner un point de vue nouveau sur le monde musulman et l'Islam francophone. Sortir des sentiers battus et s'intéresser à des sujets délaissés par les médias, déconstuire une vision du monde musulman soit trop idéalisée soit trop négative, tels sont les objectifs du site Elkalam.com]]></description>
  <link>http://www.elkalam.com/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2012-05-19T10:48:27+02:00</dc:date>
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   <title>Une révolution bénie? De la pensée systémique en islam</title>
   <pubDate>Sun, 08 Jan 2012 11:00:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Vincent Planel</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Essai, Opinion libre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   ...Si j'ai bien compris, c'est une révolution bénie pour tout le monde... même pour ceux qui craignent qu'elle ne tourne à la révolution islamique! On le comprend, les médias français sont gênés aux entournures lorsqu'il s'agit de reprendre à leur compte l'expression. Ce billet espère contribuer à leur ôter leurs scrupules, en esquissant quelques idées anthropologiques sur la bénédiction.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.elkalam.com/photo/art/default/3637894-5321120.jpg" alt="Une révolution bénie? De la pensée systémique en islam" title="Une révolution bénie? De la pensée systémique en islam" />
     </div>
     <div>
      <b><span class="u">Texte publié initialement le 3 février 2011 sur Médiapart</span></b>       <br />
              <br />
       Une révolution bénie : l'expression fleurit dans la presse tunisienne et d'Afrique du Nord, mais guère dans les titres français, qui évoquent plutôt la « révolution du jasmin ». Seule exception : une dépêche de Reuters, où l'expression figure au sein d'un communiqué djihadiste : « La meilleure forme de Djihad est de participer à cette révolution bénie ».       <br />
              <br />
       On cite l'expression, avec spécialistes à l'appui pour dénoncer cette grossière tentative de récupération : « Le suicide par le feu à la mi-décembre du marchand de fruits et légumes tunisien Mohamed Bouazizi, facteur déclencheur de la révolution tunisienne, s'est avéré plus efficace que tous les appels d'Al Qaïda au renversement des régimes arabes. » « <a class="link" href="http://www.latribune.fr/depeches/reuters/les-revoltes-arabes-minent-al-qaida.html">Ces gens ordinaires qui manifestent montrent la faillite de l'idéologie d'Al Qaïda</a>».       <br />
              <br />
       Soit. Si j'ai bien compris, c'est une révolution bénie pour tout le monde... même pour ceux qui craignent qu'elle ne tourne à la révolution islamique! On le comprend, les médias français sont gênés aux entournures lorsqu'il s'agit de reprendre à leur compte l'expression. Ce billet espère contribuer à leur ôter leurs scrupules, en esquissant quelques idées anthropologiques sur la bénédiction.       <br />
              <br />
       Peu avant sa mort en 1980, le grand anthropologue Gregory Bateson cherchait à cerner en quoi consiste une bénédiction (voir son livre inachevé « la Peur des Anges », pp. 104-106). Il s'était attaché à un poème anglais qu'il introduisait en ces termes :       <br />
              <br />
       « L'histoire est celle d'un navire en proie aux pires extrémités : les membres de l'équipage sont morts de soif, et leurs cadavres jonchent le pont ; un seul d'entre eux, le « Vieux Marin », a survécu et narre l'aventure. (Le malheur s'est abattu sur le navire depuis qu'il a tué l'Albatros, et on lui a pendu l'oiseau mort autour du cou). Voici le passage qui est véritablement le moment décisif, le tournant, du poème tout entier. Je l'ai toujours trouvé singulièrement émouvant : »       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Par delà l'ombre du navire,       <br />
       J'observais les serpents de mer ; ils se mouvaient       <br />
       En des sillages d'une éclatante blancheur ;       <br />
       Et, lorsqu'ils émergeaient, la lumière enchantée       <br />
       Derrière eux retombait en blanchâtres paillettes.       <br />
              <br />
       Dans l'ombre même du navire,       <br />
       J'admirais leurs riches parures :       <br />
       Bleus, et d'un vert lustré, et d'un noir de velours,       <br />
       Se lovant, ils nageaient ; chacun de leurs sillages       <br />
       Sur les flots traçait comme un éclair de feu d'or.       <br />
              <br />
       Ô joie en ces êtres vivants ! aucune langue       <br />
       Ne saurait dignement célébrer leur beauté :       <br />
       De mon cœur, à leur vue une source d'amour       <br />
       Jaillit ; sans m'en rendre compte, je les bénis !       <br />
       Sans doute mon bon ange eut-il de moi merci,       <br />
       Puisque, sans m'en rendre compte, je les bénis.       <br />
              <br />
       A l'instant même, j'eus licence de prier ;       <br />
       Et de mon cou enfin d'un lourd faix délivré,       <br />
       Le corps de l'Albatros chut, et il s'enfonça       <br />
       Comme s'il eût été tout de plomb, dans la mer. »</span>       <br />
              <br />
       Coleridge, Le Dit du Vieux Marin, 1798.       <br />
              <br />
       Bateson poursuit : « Bien entendu, je ne prétends pas que c'est la bénédiction des serpents de mer qui a entraîné la venue de la pluie : ce serait faire intervenir une autre logique, enchâssée dans un autre langage, plus profane. Je dis seulement que la nature de domaines tels que la religion ou la prière apparaît avec le plus de netteté dans les moments de changement - ou, pour le dire en termes bouddhistes, d'éveil. Et, même si l'éveil peut englober toutes sortes d'expériences, je pense qu'il est important ici de remarquer à quel point il consiste souvent en une soudaine prise de conscience de la nature biologique du monde dans lequel nous vivons - une brusque découverte de la vie. »       <br />
              <br />
       Tout est dit : la révolution tunisienne est bénie parce qu'on ne l'attendait plus. Or ces jours-ci, bon nombre d'analystes s'emploient à déterminer ce que cette révolte est (« sociale »), et ce qu'elle n'est pas (« islamiste »). Je trouve cela pathétique et, pour tout dire, sacrilège. À tout prendre, il me paraît beaucoup plus intelligent de dire que cette révolution est la volonté d'Allah. Car au moins la formule invite à « l'éveil », à la contemplation et au sourire. Pensez-donc : la révolte va libérer le monde arabe - peut-être même au-delà - et cette révolte est née à Sidi Bouzid!!! Dieu seul pouvait inventer une chose pareille! Vous trouverez bien sûr des sociologues pour vous l'expliquer, rétrospectivement, mais c'est tout de même un extraordinaire pied-de-nez à tous les spécialistes!       <br />
              <br />
           « <span style="font-style:italic">Trahissant Dieu et ceux qui croient, ils ne trahissent qu'eux-mêmes, et n'en ont pas conscience</span>. » (Coran 2, 9).       <br />
              <br />
       Notre pays se croit expert en révolutions. Le « mouvement social » français est aujourd'hui saturé d'un militantisme hiératique, empoisonné par son littéralisme (cf <a class="link" href="http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-planel/150111/la-chute-du-tyran-microhistoire-de-laffaire-canto-sperber">mon précédent billet</a>, rédigé au lendemain du départ de Ben Ali). On semble persuadé que la meilleure manière de produire une révolution, ou de la préserver, est de transformer l'ensemble des enfants de France en petits sans-culottes. En termes systémiques, il y a là ce que Bateson appelle une « erreur de type logique » : on suppose que ce qui vaut pour une classe vaut également pour chacun de ses membres. Et pour ceux que rebute la philosophie des mathématiques, ils trouveront dans le Coran, bien plus facile d'accès, un puits de sagesse systémique. En islam, l'erreur de type logique relève de l'Association (shirk), péché qui consiste à associer le culte des idoles au culte du Dieu unique. En l'occurrence, ce sont des associateurs parce qu'ils vouent aux attributs de la révolution un culte qu'ils devraient réserver à Dieu. Ni marxisme, ni djihadisme, ni les droits des femmes : la révolte tunisienne est forte de ne devoir son existence à aucune idole. Cette vague qui déferle tire sa force de ce qu'on ne l'a pas appelé.       <br />
              <br />
       Je ne cherche pas à prouver que cette révolution arabe serait une révolution islamique. Mais j'entends simplement rappeler que les évènements qui surviennent ces jours-ci confirment une certaine vision, islamique, de ce qu'est une révolution. Or on ne saurait sous-estimer le caractère corrosif de cette pensée à l'égard de nos habitudes militantes. Que nous dit en substance le Coran à propos des tyrans? Essentiellement quelque chose comme : le tyran, je m'en occupe!       <br />
              <br />
           « <span style="font-style:italic">Qu'ils ourdissent leur stratagème, De sorte que J'ourdisse le Mien! Donne un sursis aux dénégateurs, un sursis passager</span>. » (Coran 86, 15-17)        <br />
              <br />
           « <span style="font-style:italic">Eh, qu'il appelle son clan : Nous appellerons les archanges. Non! Ne le suis pas, mais prosterne-toi et de Dieu te rapproche!</span> » (Coran 96, 17-19)       <br />
              <br />
       À qui devons-nous cette révolution tunisienne, qui a surpris par son caractère imprévu? Nous la devons principalement à une population qui a su maintenir l'essentiel. Des gens qui ont su préserver leur capacité à s'indigner - selon un crédo à la mode - mais qui ont su aussi garder patience. Des classes populaires et moyennes qui ont su ne pas s'enfoncer dans la spirale de la consommation et du surendettement, préserver une certaine cohésion familiale, et de quartier. Nous la devons à un peuple qui a su ne pas se laisser miner par le malheur, préserver sa dignité, pour être capable le jour venu de dire « Non ». Juste « non », pas un mot de plus. Mais la venue de ce jour, personne ne pouvait la prédire. Certaines choses ne sont possibles qu'au prix d'un abandon, d'un lâcher-prise. L'islam, peut-être même son fameux « fatalisme » : cette révolution en est l'envers, la récompense bénie.       <br />
              <br />
       Les spécialistes auront beau discourir, il y a de quoi retrouver la foi. Et tant mieux, car la « dé-benalisation » de la société tunisienne exigera plus encore d'efforts et de patience : des petits drames locaux et des épreuves par milliers, avant que ces sociétés puissent savourer - et nous avec - les fruits d'une sagesse politique renouvelée. Dans cette longue épreuve, il est fort à parier que la mosquée sera plus que jamais le refuge, lieu de réconfort et trésor partagé. Il va donc falloir s'y habituer. Et ceux qui parleront encore de « récupération » n'auront décidément rien compris.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>LES ISLAMISTES ET LES PRINTEMPS ARABES : enjeux et perspectives  par François Burgat</title>
   <pubDate>Tue, 03 Jan 2012 16:33:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>François BURGAT</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Printemps arabe]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   La première préoccupation d’une écrasante majorité des citoyens du Maghreb et du Proche Orient n’est pas d’expulser de l’enceinte politique une référence religieuse intimement liée à leur identité nationale. C’est bien plutôt de résorber les profondes inégalités, politiques et sociales, que les élites post-indépendantistes, au nom de la lutte contre cet usage du lexique religieux (et avec les encouragements de la rive nord) ont trop longtemps laissé se creuser.     <div>
      Les scores qui, dans les premiers scrutins postérieurs à l’onde de choc «printanière », ont placé le parti Ennahda au premier rang des forces tunisiennes, accordé en Egypte plus de 65 % des voix aux Frères musulmans et à la surenchère des Salafis, ou, au Maroc, fut-ce avec des enjeux très différents, confirmé cette tendance au profit du PJD, n’ont pas seulement consacré une relative « victoire des islamistes ». Ils ont souligné l’ampleur de la distorsion du regard extérieur occidental mais également arabe - sur cette insoluble composante du paysage politique. Le scrutin tunisien du 28 octobre prend plus encore de signification si l’on remarque que les deux partis qui, même loin derrière, suivent Ennahda, se sont abstenus de nourrir la rhétorique sectaire et que ceux qui ont choisi cette option ont littéralement disparu de la scène électorale utile.       <br />
       L’affirmation des courants islamistes au début des années 1980 a paradoxalement joué un rôle important dans la longévité des régimes autoritaires. Elle leur a fourni une stratégie de communication d’une redoutable efficacité. Les islamistes, toutes catégories amalgamées, ont en effet longtemps représenté -aux yeux des occidentaux mais également à ceux d’une fraction des gauches arabes- une alternative si parfaitement inacceptable que l’autoritarisme le plus virulent leur apparaissait comme préférable. Ni le caractère en fait très universel des frustrations que suscitait le verrouillage autoritaire, ni les dégâts que la médiation d’acteurs étatiques illégitimes provoquait dans la relation euro-arabe ne sont donc apparus comme tels. L’importance de l’ancrage social des « nouveaux riches » de la politique arabe a été sous estimée, tout comme le fait que leur agenda débordait largement la sphère religieuse. Leurs adversaires de tous bords parvinrent pendant longtemps à faire considérer leurs revendications comme exclusivement idéologiques et de ce fait légitimement irrecevables. La compréhension académique des racines du phénomène islamiste s’est longtemps enfermée dans une problématique seulement sociale qui ne voulait voir dans les militants d’Ennahda ou des Frères qu’autant de « laissés pour compte du développement et de la modernisation ». Pas plus l’Occident que les gauches arabes ”laïques” n’ont voulu considérer en effet les puissants ressorts identitaires du phénomène, pourtant dument documentés de longue date. Aziz Krichen a fort bien rappelé récemment les termes de la différence historique essentielle entre les trajectoires démocratiques arabe et française : à la différence d’un pays comme la France, « où l’Eglise catholique représentait, avec la monarchie, le principal appui du système féodal renversé en 1789 », dans les pays anciennement colonisés, « dépossédés d’eux mêmes » la révolution démocratique revêt d’abord, « une obligation d’indépendance nationale ». Dans le monde arabe, parce qu’elle a été particulièrement malmenée par le colonisateur dans sa tâche de déculturation, la culture religieuse s’est trouvée indissociablement liée à cette identité nationale. Or, souligne Krichen, après l’indépendance, le travail de sape amorcé par les colonisateurs s’est paradoxalement poursuivi : « l’islam et la culture arabe sont restés l’objet de la méfiance et de l’hostilité du pouvoir politique”. En Tunisie notamment, « Malgré la récupération folklorique de la religion » « être musulman, pour (la) police, c’était être suspect » [1].       <br />
              <br />
        Au printemps 2011, l’absence de visibilité des formations partisanes traditionnelles rescapées de la dictature, (c’est à dire les islamistes mais tout autant les formations de gauche) a poussé nombre d’observateurs, ou d’acteurs, à nier ou à minimiser contre toute évidence la présence des héritiers d’Hassan al- Banna dans le corps social en révolte. La superficie de ceux que l’on a nommés la génération twitter a été complètement surestimée. La révolte s’est en fait déroulée sans qu’aucune des formations politiques existantes ne tentent de se l’approprier et c’est à bien des égards ce qui a fait sa force. Le wishful thinking de tous ceux qui étaient pressés d’annoncer une nouvelle fois la déroute de leur vieil ennemi a fait le reste, conduisant à de nièmes proclamations de « la disparition des islamistes ». Dans les consultations qui ont suivi, les islamistes ont logiquement pris toute la place dont leur interdiction légale les avaient privés depuis au moins deux décennies. Ennahda comme les Frères égyptiens ont démontré ce faisant ainsi que la répression de l’appareil d’un parti, si longue et si violente soit-elle, ne suffisait aucunement à tarir ses ressources mobilisatrices. Le score islamiste a toutefois été amplifié ensuite, notamment en Egypte, par le fait que les Salafistes, traditionnellement (mais pas partout) auto-exclus des urnes, ont décidé, au regard du changement de contexte, d’y participer. La vraie surprise est l’importance du pourcentage qu’ils ont réussi à prendre aux Frères, affaiblis par de nombreuses années de concessions infructueuses faites au régime.       <br />
              <br />
       La présence accrue des islamistes n’est pas nécessairement synonyme de rétrécissement de l’espace démocratique. Prenons le temps de noter que les pays peu touchés par les révoltes ont été ceux dont les performances démocratiques étaient plus élevées, et où, notamment, les élections avaient quelque chance d’affecter le rapport de forces au sommet de l’État. Or ces pays (comme le Liban, l’Irak la Palestine et bien sur la Turquie) ne sont pas ceux où, avec le soutien de la communauté internationale, a prévalu le tout répressif de la « lutte contre les intégristes ». Au contraire, c’est le petit nombre de ceux où ces courants islamistes ont été, de façon autre que cosmétique, intégrés au jeu par-lementaire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>La fin du « djihadisme »</b> ?       <br />
              <br />
               <br />
       L’impact des printemps sur les groupes islamistes radicaux a donné lieu à une exégèse quasi unanimiste : avant de mourir physiquement sous les coups d’un commando américain le 2 mai 2011 au Pakistan, Oussama Ben Laden, le fondateur d’Al-Qaïda, aurait été « liquidé » politiquement par les révoltes tunisienne et égyptienne qui auraient consacré l’échec de sa stratégie. Cette lecture est à bien des égards réductrice. Rien n’interdit en effet de considérer à l’inverse que l’explosion populaire contre ces dictatures, dont Ben Laden avait été l’un des premiers à dénoncer le rôle mortifère dans l’ordre mondial, est venue confirmer spectaculairement la justesse de son diagnostic du milieu des années 1990. Les printemps tunisien et égyptien ont certes consacré le refus du recours à la lutte armée vers laquelle Ben Laden s’était orienté, après avoir toutefois épuisé les recours de la négociation avec la monarchie saoudienne. Le discrédit de la violence est toutefois très vite devenu relatif : devant l’obstination des régimes, Libyens, Yéménites ou Syriens ont dû eux aussi y avoir recours, fut-ce dans une logique d’autodéfense. Et l’usage des armes pour mettre fin à l’ère autoritariste est aujourd’hui ainsi très loin d’avoir perdu toute légitimité.       <br />
              <br />
       Les perspectives ouvertes par les progrès de l’Etat de droit devraient néanmoins affecter la capacité de mobilisation du camp djihadiste : l’espoir de voir émerger des institutions représentatives crédibles va redonner en effet du sens aux luttes politiques nationales légalistes et ce faisant, en faire perdre d’autant aux trajectoires radicales transnationales. Outre la fin de la spirale répression/radicalisation, certaines des causes que la jeunesse radicalisée allait défendre dans l’aventure djihadiste internationale ont des chances d’être mieux relayées par des régimes qui seront plus en phase avec leurs concitoyens. Le ralliement de l’Égyptien Aboud Zummer, l’un des assassins de Sadate, dès sa sortie de prison (en février) aux exigences de la compétition électorale, en a fourni un exemple éloquent.       <br />
              <br />
       L’ère du radicalisme armé transnational n’est peut être pas pour autant révolue.       <br />
              <br />
       Il n’est pas encore pleinement démontré en effet que des régimes moins autoritaires pourront mieux résister aux pressions américaines et que, par exemple, une Égypte plus démocratique aura à court terme les ressources (notamment économiques) suffisantes pour s’abstraire des pressions de Washington dans le conflit israélo-arabe. Et si la source de radicalisation que représentait la trop grande soumission des régimes répressifs à la superpuissance américaine à quelque chance de se tarir, deux au moins des ressorts de la mobilisation jihadiste semblent à ce jour être demeurés fonctionnels Le « djihadisme » de l’État hébreu d’une part, celui de son puissant sponsor et allié américain ensuite, c’est-à-dire leur identique propension à recourir au hard power en s’affranchissant de toutes les contraintes du droit international, continuent en effet à se manifester en toute impunité. Oussama Ben Laden a été, on l’oublie souvent, le révélateur autant que le responsable des profonds déséquilibres de la scène mondiale. Tant que ces déséquilibres perdureront, le lourd déficit de légitimité des États-Unis et de leurs alliés européens et israéliens auprès d’une large majorité de l’opinion publique du monde musulman restera d’actualité. Pour tous ceux pour qui les institutions politiques nationales (même après « rénovation »), régionales ou internationales n’auront pas acquis de crédibilité suffisante, la tentation de s’en passer au profit des raccourcis de la lutte armée risque dès lors de demeurer présente.       <br />
              <br />
              <br />
       [1] L’épouvantail Islamiste, repris sur http://oumma.com/L-epouvantail-islamiste
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b><span class="u">Cet article est paru au monde diplomatique (Edition arabe) en janvier 2012. Nous remercions chaleureusement François Burgat de nous avoir autorisé à publier son article sur Elkalam</span></b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>http://www.elkalam.com/LES-ISLAMISTES-ET-LES-PRINTEMPS-ARABES-enjeux-et-perspectives-par-Francois-Burgat_a118.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:www.elkalam.com,2012:rss-3571162</guid>
   <title>Salah Hamouri : Libre !!!</title>
   <pubDate>Wed, 21 Dec 2011 14:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Nicolas Lalande</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Palestine]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.elkalam.com/photo/art/default/3571162-5155394.jpg" alt="Salah Hamouri : Libre !!!" title="Salah Hamouri : Libre !!!" />
     </div>
     <div>
      C'est avec une immense joie que tous ceux qui ont soutenu ce citoyen français emprisonné en Israël depuis 2005, ont accueilli sa libération dimanche dernier. Rien n'est plus beau que de voir libre un homme accusé injustement, condamné de façon inique et emprisonné dans des geôles sans nom. Nous sommes heureux aujourd'hui de te voir sourire à ta mère courage, Denise Hamouri, qui n'a eu de cesse de se battre pour ta liberté. Là où beaucoup se sont découragés, elle a su rassembler, témoigner et rappeler qu'un innocent avait une fois de plus payer les frais d'une justice israélienne qui n'a  d'autres objectifs que de priver le peuple palestinien de sa force vitale : sa jeunesse.       <br />
              <br />
       Salah Hamouri, libre, célébré, déjà attaqué par tous ses détracteurs, preuve s'il fallait encore la faire, qu'il est devenu un symbole. Symbole d'une justice à deux vitesse, d'un peuple muselé ;        <br />
       symbole, on le retiendra aussi, du &quot;deux poids, deux mesures&quot; qui a été la position du gouvernement français durant toute cette histoire : mobilisé pour le militaire franco-israelien, Gilat Shalit, muet, sourd et fuyant sur le dossier Salah Hamouri.        <br />
       Comme le dit Jean-Claude Lefort, organisateur aux côtés de Denise Hamouri, des nombreux comités de soutien en France :        <br />
       <span style="font-style:italic">       <br />
       &quot;Nous avons, nous, estimé que la liberté ne se découpait pas ; qu’elle était valable pour tous ; qu’elle était universelle ou bien qu’elle n’était pas&quot;.</span>       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>L’être musulman et le complexe de l’avenir</title>
   <pubDate>Thu, 10 Nov 2011 21:33:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jamel El Hamri</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Essai, Opinion libre]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   En ces temps de crises économique, sociale et environnementale et alors que les populations dans nos sociétés européennes vivent dans l’angoisse d’un avenir incertain, l’homme musulman brille souvent par une « quiétude » déconcertante et parfois à contre-courant.     <div>
      Dans le meilleur des cas, sur les questions d’avenir, cet homme consomme le prêt-à-penser sur le constat et les solutions de ces crises majeures et, dans le pire des cas, on observe un individu sombrant dans des interprétations eschatologiques, quand ce n’est pas dans des méandres conspirationnistes, pour qui toutes ces crises ne seraient que des signes « mineurs » de l’avènement de la fin du monde.        <br />
              <br />
       Cette dernière attitude nous intéresse particulièrement, car elle est à la fois majoritaire parmi les musulmans et révélatrice d’une angoisse existentielle de l’individu musulman. En effet, celui-ci cherche encore sa voie et son rôle dans le monde actuel, où parfois il donne le sentiment d’errer et de végéter.        <br />
              <br />
       N’assumant pas son anxiété, il se réfugie derrière des explications eschatologiques, dont certaines se fondent sur des paroles prophétiques qui peuvent être questionnées sur leur authenticité, mais qui sont censées tout nous dire, tout nous révéler. La messe, pardon, la khutba (sermon) est dite !        <br />
              <br />
       <b>Un foisonnement d’interprétations</b>       <br />
              <br />
       Or, parmi les musulmans, il y a en principe consensus autour de trois points fondamentaux, appuyés par les sources scripturaires de l’islam, au sujet de l’Heure de la fin du monde :        <br />
              <br />
       1. que l’Heure viendra inéluctablement ;        <br />
       2. que l’Heure fatidique est proche ;        <br />
       3. que nul autre que Dieu ne connaît le terme.        <br />
              <br />
       Autrement dit, l’Heure viendra, elle est proche et seul Dieu sait. Dire que l’Heure viendra et que Dieu seul la connaît ne souffrent d’aucune équivoque, car la croyance en ces éléments fait partie intégrante de la foi en islam.        <br />
              <br />
       Malheureusement, dire que l’Heure est proche pose problème non pas en tant que tel – puisque cet élément est intrinsèque à la foi – mais dans le foisonnement d’interprétations que ce pilier de la foi musulmane a suscité au cours des siècles d’histoire de la civilisation islamique, provoquant, encore aujourd’hui, des effets dévastateurs et tragiques que l’on peut constater.        <br />
              <br />
       Pour bon nombre de musulmans, l’être musulman n’aurait pas d’avenir puisque la vie terrestre s’achèverait de manière imminente, il ne peut donc proposer à quiconque, pas même pour lui, une vision du monde de demain, car, dans son esprit, son horizon est obstrué.        <br />
              <br />
       Cette impossibilité de se projeter dans l’avenir contribue à une vision individualiste de la vie et de la foi du croyant et la nourrit. L’homme musulman en devient calculateur et rationnel au mauvais sens du terme, le bien et le mal se chiffrant en bonus-malus (hassanat). Par conséquent, les actions humaines sont analysées et décortiquées à travers un prisme juridique binaire et manichéen et sont soit « haram » ou « halal ». La foi de l’être musulman devient individualiste, verticale : elle peut éventuellement l’aider à se rapprocher de Dieu mais peut malheureusement également l’éloigner des hommes.        <br />
              <br />
       L’islam en tant que croyance, pratique et éthique en est réduit à sa dimension rituelle et devient le lieu de tous les « paris spirituels », où chacun peut miser sur l’année de la fin du monde à la manière d’un Nostradamus, un espace où peut prospérer le charlatanisme religieux.        <br />
              <br />
       <b>Une nouvelle dynamique d’action</b>       <br />
              <br />
       Cette interprétation de l’Heure fatidique et ses conséquences complexent l’homme (et la femme) musulman(e) quant à sa projection dans l’avenir et, par conséquent, il aura tendance à tourner son regard vers le passé au point de l’idéaliser. L’être musulman est inhibé, comme paralysé, car il considère que toute action est vaine et inutile quand il songe à l’avenir de l’humanité, et, petite et moins prestigieuse, quand il la compare au passé glorieux des musulmans. On remarque une sorte de résignation, de fatalisme et d’hésitation dans ses velléités d’action.        <br />
              <br />
       Il y a pourtant, dans toute cette littérature eschatologique, des propos prophétiques d’une tout autre nature, en tout cas beaucoup plus sensés et optimistes, mais que l’on feint d’ignorer. Nous demeurons surpris dans le choix sélectif, pas anodin, de certains hadiths par l’homme musulman qui se rend coupable d’une grave erreur tant la méditation de ces propos pourrait bouleverser la situation dans laquelle il végète.        <br />
              <br />
       Selon Anas, le Prophète (PBSL)a dit : « Si la fin du monde survenait alors que l’un d’entre vous tient dans sa main une plante, alors s’il peut la planter avant la fin du monde, qu’il le fasse ! » Dans ce propos, il y a au moins trois enseignements p our l’homme musulman :        <br />
       1. qu’il se doit d’être responsable vis-à-vis des autres hommes ;        <br />
       2. qu’il se doit d’être dans une logique d’action ;        <br />
       3. qu’il se doit d’être généreux envers les hommes et la Nature.        <br />
              <br />
       Dire ou redire cela n’est qu’une manière de prendre exemple sur un homme, aussi inspiré qu’inspirant, que fut le Prophète Muhammad (PBSL). Il a enseigné également à l’homme musulman : « Travaille pour ce monde comme si tu devais y vivre éternellement et travaille pour l’Au-delà comme si tu devais mourir demain » (Abdallah Ibn Amr Ibn Al ‘As).        <br />
              <br />
       Lui qui durant toute sa vie a mis en pratique cette devise, d’une part, savourait et partageait le présent avec les musulmans et les non-musulmans et, d’autre part, contribuait et œuvrait, au nom du Divin, à un avenir à visage humain.        <br />
              <br />
       Ces enseignements devraient, en principe, permettre à l’homme musulman d’arrêter de spéculer sur la fin du monde car, même s’il la voyait, il se devra d’être responsable, optimiste et généreux dans ses actions.        <br />
              <br />
       Cette nouvelle dynamique d’action, due à un regard nouveau et serein sur l’avenir du monde car dépolluée d’une vision apocalyptique de la fin des temps, peut permettre à l’être musulman de dégager son horizon et d’envisager une contribution plus active et plus riche envers l’humanité, afin qu’il soit à la hauteur de sa responsabilité spirituelle et historique sur Terre.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Jamel El Hamri est étudiant en 5e année d’études islamiques à l'IIIT France (Institut international de la pensée islamique).</b>       <br />
              <br />
       <span class="u"></span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.elkalam.com/L-etre-musulman-et-le-complexe-de-l-avenir_a115.html</link>
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   <title>Jasmin et dignité</title>
   <pubDate>Thu, 10 Feb 2011 09:16:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Nabil El-Haggar</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Printemps arabe]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   L’écrivain français Gabriel Charmes, en visite au pays du Cham en 1882, décrivant un nouvel esprit qui s’installait écrivait: «…l’inspiration à l’indépendance domine les esprits. J’ai pu observer, pendant ma présence à Beyrouth, les jeunes musulmans s’occuper à construire des hôpitaux et des écoles et à travailler pour le développement de la nation. Le plus important est que le communautarisme et le racisme étaient bannis. On pouvait trouver des Arabes chrétiens travailler dans les associations musulmanes     <div>
      L’écrivain français Gabriel Charmes, en visite au pays du Cham en 1882, décrivant un nouvel esprit qui s’installait écrivait:&nbsp;«…l’inspiration à l’indépendance domine les esprits. J’ai pu observer, pendant ma présence à Beyrouth, les jeunes musulmans s’occuper à construire des hôpitaux et des écoles et à travailler pour le développement de la nation. Le plus important est que le communautarisme et le racisme étaient bannis. On pouvait trouver des Arabes chrétiens travailler dans les associations musulmanes…[1]Quelques années plus tard, la révolution arabe est déclarée contre l’empire Ottoman.<span>&nbsp; </span>Les Arabes s’allient aux Britanniques et aux Français en échange de la promesse<span>&nbsp; </span>de l’édification de l’Etat arabe. <span>&nbsp;</span>Un Etat que le mouvement national arabe a voulu, lors de son premier congrès réuni à Paris en 1913, moderne, démocratique et laïque… à l’image de la République française&nbsp;disait-il! Ironie de l’histoire, la nation arabe est politiquement née à Paris, capitale de l’une des deux puissances coloniales qui trahiront les promesses données au monde arabe qui sera divisé et colonisé, avec <span>&nbsp;</span>la Palestine sacrifiée au profit de la construction d’un Etat juif. Ce faisant, l’Occident ferme la porte de la modernité au monde arabe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Plus d’un siècle plus tard, la révolution tunisienne du jasmin et l’égyptienne de Midan Al Tahrir inaugurent sans doute une nouvelle ère arabe. Elles viennent d’acter la volonté populaire de se mettre debout et penser le monde par soi-même. Cela faisait trop longtemps que le doute de soi, la peur, la haine, les interdits et la méfiance envers l’autre remplissaient le cœur des arabes privés de démocratie. En quelques jours, l’Arabe se découvre capable de volonté, de résistance&nbsp;; il se sent utile, il refait société, il se pense capable de décider du monde dans lequel il aimerait vivre. Il se veut capable de juger ses dirigeants et leur intégrité, de contester leurs choix et leurs alliances, de contester des décisions politiques imposées par un Occident qui n’a pas encore compris qu’il a tout intérêt à ce que les Arabes puissent accéder à la liberté de penser, forger leur propre opinion et défendre leur droit. Un Occident qui devrait se presser de mettre fin à la politique des «&nbsp;deux poids, deux mesures&nbsp;» concernant la question palestinienne et son traitement injuste et humiliant pour tous les Arabes, à l’exception de leurs dirigeants. Par ailleurs, le silence de certains intellectuels qui d’ordinaire se font passer pour les infatigables défenseurs des droits de l’homme est assourdissant. Ils pensent sans doute que les intérêts d’Israël, ami fidèle de la dictature de Moubarak, sont plus importants que les 80 millions d’Egyptiens qui aspirent à la démocratie. Quelque soit l’avenir de cette révolution, il est sûr que désormais l’Arabe, où qu’il soit, vient de récupérer sa dignité et l’estime de soi. C’est déjà beaucoup.  <br /><br /><br />[1]Gabriel Charmes, voyage en Syrie, p.171-172, cité par G. Antonius, Ibid,P.162.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.elkalam.com/Jasmin-et-dignite_a114.html</link>
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